Mercredi 8 juin

Depuis le début de la semaine, je suis la ligne de mire d’un mini-conflit somme toute plutôt rigolo : j’ai reçu récemment une convocation m’invitant – pour rester dans l’euphémisme – à faire passer les oraux du bac de français et à corriger les écrits dudit bac de français. Ce qui impliquerait :
- Que je serai absent toute une semaine du bahut.
- Que je ne pourrai pas surveiller le brevet des collèges.
La principale est actuellement en négociation acharnée avec le rectorat pour que je reste à parcourir Bilbo le Hobbit avec les élèves de cinquième. Dans le même temps, j’apprends par des bruits de collègues mieux informés que moi que, visiblement, les TZR – les profs titulaires remplaçants – peuvent bien se brosser, l’année prochaine, pour espérer obtenir un poste fixe : le fait que les stagiaires exercent désormais pendant 18 heures et le recours massif à des vacataires (contre qui je n’ai absolument rien) qui peuvent plus ou moins choisir leur poste fait que nous avons toutes les chances, nous qui n’avons aucun pouvoir sur nos affectations, de nous retrouver à boucher les trous : 6 heures par-ci, 4 par là, 8 encore ici…
Je suis TZR, je suis donc en train de devenir cet espèce d’adhésif, ce pansement que l’on applique là où saigne l’éducation nationale. Parce que je suis dans les derniers arrivés dans l’académie, parce que l’époque est comme ça, parce que je ne suis pas assez âgé, mais pas non plus assez jeune, parce que j’ai déménagé au mauvais moment… La liste de mes infractions au hasard est longue. Je suis, comme tous mes collègues dans la même situation, indispensable et négligeable. TZR. “Tu n’as jamais pensé à passer le concours ?” me demandent gentiment des collègues, en poste depuis un moment. Et qui rient avec un peu de gêne, un peu d’incrédulité quand je leur explique que nous avons exactement le même diplôme.
Le système a besoin de notre dérive. De notre incertitude du mois de juin, à ignorer qui seront nos élèves, et dans quel grand bâtiment de béton nous enseigneront. Le système a besoin des fantômes qui ne refusent pas.
Des TZR.