Mercredi 15 juin

Beaucoup de collègues connaissent sans doute cela : des élèves qui deviennent, à un moment de l’année, de petits samouraïs. Pour tout un tas de raisons, tu les découvres acceptant ton éthique et suivant les conseils dont la plupart des mômes se brossent frénétiquement le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Parfois, tu ne t’en es même pas rendu compte. Il faut que ce soit la déléguée de classe qui te le fasse remarquer, au conseil de classe du deuxième semestre :
“Depuis que Monsieur Samovar il nous a parlé de la quatrième, Justin il s’est mis à beaucoup plus travailler.”
C’est un fait. J’avais étiqueté Justin dans la catégorie tonitruant assez rapidement après mon arrivée dans sa classe. Durant la majeure partie de l’année, il a été un pré-ado de cinquième : en train de rigoler pour des trucs qui faisaient que ses camarades levaient les yeux au ciel, oubliant régulièrement de faire ses devoirs et imperméable à mes remarques comme l’eau sur les plumes d’un canard.
Et surtout, Justin n’avait pas de regard. Ou plutôt, il le promenait partout. Sur sa table, par la fenêtre, sur le morceau de scotch qu’il avait collé sur le T-shirt de son pote, sur le rouleau de scotch vide qu’il avait placé sous le pied de son autre pote pour qu’il glisse dessus en se levant…
Justin, depuis le début du mois, me fixe droit dans les yeux. Hoche la tête et fait ce que je demande. J’en suis à me demander si je ne pourrais pas tenter avec lui et quelques autres môme aussi loyaux, un numéro de pyramide humaine.
D’où vient ce soudain don de confiance qu’une poignée d’élèves nous fait ? Par quoi est-il déclenché ? Parce que je ne pense pas que mon laïus hyper convenu sur la classe de quatrième soit en cause.
Peu importe au fond. La seule chose par laquelle je peux répondre à cela est par un immense respect. C’est de plus en plus rare que des mômes s’en remettent vraiment et totalement à vous. Derrière il faut assurer. Même le 15 juin.