Samedi 18 juin

Quelle meilleure idée pour affronter un jour de canicule que de le passer en ville ? J’y retrouve L., que j’avais précédemment rencontré à une fête merveilleuse. Balade, emplettes, consommation de breuvages sucrés.

Et bien sûr, grandes discussions. L. a un débit très doux, très fluide, qui contraste avec les saillies qui parsèment son discours. La conversation s’attarde sur les valeurs morales.

“Tu fais comment, avec les élèves ?”

Grande question. Qui a été particulièrement centrale ces derniers jours. Ce que j’aimerais répondre à ce moment-là – je n’y arrive pas, je suis toujours particulièrement nul dans les interactions sociales – c’est que la morale est la grande muette de notre boulot. L’évocation des phrases du jour, écrites sur la tableau noir, ne suscitent plus que la curiosité des choses disparues. On se méfie toujours un peu de cette question : entre ceux qui accusent les enseignants de chercher à formater les jeunes esprits et d’autres qui affirment qu’apprendre les maths et l’Histoire, c’est déjà bien suffisant.

Mais, et les jours précédents l’ont confirmé, je ne pense pas que l’on puisse décorréler notre boulot de la morale. En commençant par être en cohérence avec nous-même. Il est des principes qui me tiennent particulièrement à cœur. L’honnêteté. La gentillesse. Et je m’efforce de toujours les appliquer dans mes cours, et en dehors.

Ça n’est pas évident. Dans la vie quotidienne, dans la vie d’adulte, on transige, souvent. En tant que prof, je place l’exemplarité dans la cohérence de mon comportement. En tant que prof, je me comporte comme j’aimerais me comporter en permanence. Si le monde était moins chaotique.

Toutes ces pensées disparaissent. Au fond, on peut théoriser des heures sur ce boulot. Mais de temps à autres, il faut aussi déposer ce fardeau de pensées. Et profiter de cet abri dressé entre moi et la canicule : ombre, terrasse, soda et sourires.

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