Lundi 20 juin

“Monsieur, vous serez là, l’année prochaine ?”
La question commence à tourner dans les classes, insistante. Jusque là, je l’ai esquivée. “Quoi, vous voulez ENCORE que je vous force à apprendre les temps composés ?” / “Non, j’ai été nommé au fin-fond de la forêt amazonienne pour retrouver le diamant vert.” / “Non, le collège va être démoli pour construire un parc d’attractions à la place.”
Je ne me berce pas d’illusions. Ce qui intéresse avant tout les élèves – et quoi de plus normal à leur âge – c’est la stabilité. Les classes auxquelles j’ai enseignées cette année particulièrement. Quatre enseignantes et enseignants des horaires anarchiques. Et ma réponse le serait tout autant, si j’étais sincère : “Peut-être, mais peut-être pas. Peut-être toute l’année, mais peut-être pas.”
C’est comme ça, l’école, désormais. Des enseignants, de plus en plus nombreux, valsent sur des courants que soufflent les rectorats. On ignore où on sera, à qui on enseignera, et comment.
Vous serez là, l’année prochaine ? Pourquoi pas me demander à quelle heure se lèvera le soleil le 18 novembre 2086, ou la racine carrée de 873581 ? Ça devient une équation à trop d’inconnue.
Temps et Espace à Dimension Relative. Ce qui, autrefois, n’était même pas une question.