Vendredi 10 juin

Ça bosse dur en sixième Tiplouf. Deux élèves s’appliquent à recopier des connecteurs logiques qui leur serviront lors de leur plaidoirie, tandis que j’aide Yolanda à corriger son témoignage au sujet de l’aveuglement du cyclope Polyphème. Pendant ce temps, Alecto, Tisiphone et Mégère mettent en place les règles que tout le monde va devoir suivre.

C’est que mardi, Ulysse au mille ruses passe en jugement. Et chacun a un rôle. Il faudra expliquer les situations, convaincre les jurés qui, de leur côté, tapent sur les ordinateurs à la recherche de renseignements supplémentaires sur les voyages du héros grec. Les élèves discutent, mais pas trop fort. C’est un plat qui mijote ; tout le monde s’applique à préparer un truc bon à partir d’ingrédients qu’on a apporté.

Tout le monde, sauf Tara.

Tara s’est assise au fond de la classe, après avoir refusé un quatrième rôle. Elle jette un regard écœuré à ses potes qui envisagent de piller la literie familiale afin de confectionner des toges, et au groupe des élèves choupis qui se demandent si on peut utiliser le mot “vil” pour qualifier les actions d’Ulysse (“Parce qu’on n’utilise pas des adjectifs comme ça pour les personnes, ça n’est pas ob-jec-tif !”)

Je n’arrive pas à en vouloir à Tara. Des élèves comme elle, j’en ai eu des tas. Ils sont atteints d’un problème simple et incurable : ils ne supportent pas l’harmonie. Quand tout le monde travaille en bonne intelligence, quand il n’y a ni dissensus ni conflits, quelque chose en eux rejette ce qu’il se passe. Tara ne revêtira ni les traits d’Aphrodite, ni d’un membre du jury, ni d’Eris, que je lui ai proposé un peu cruellement, ni de Mentor. Elle ne fera rien “et tant pis, vous avez qu’à me mettre une observ !”

Tara a fait énormément de progrès. Mais uniquement quand à côté, deux camarades s’étaient empaillés, ou que quelque chose, quoi que ce soit, n’allait pas. Moi aussi j’ai progressé. Ce genre de comportement ne me fait plus grincer des dents, je n’envoie plus bouler les mômes de son peuple, celui de la discorde.
Mais j’ignore toujours comment parler leur langage.

Jeudi 9 juin

C’est un petit film, tourné avec un son qui crachotte et et une caméra de téléphone bien mais pas top. Tandis que les élèves réinterprètent les péripéties de Shéhérazade et de son étrangleur de mari par caméra interposée, il y a dans la classe un silence incrédule. Quatre minutes plus tard, les avis sont unanimes :

“Mais monsieur c’est TROP BIEN !
– J’aimerais trop pouvoir faire un truc comme ça !
– Ah, moi je montre pas ce que j’ai fait, c’est MORT, ce sera nul à côté de ça.”

Laisser les réaction emphatiques passer. Puis :

“Pourquoi vous avez trouvé ça aussi bien ?
– Mais comment c’était soigné, monsieur ! Vous avez dû passer tellement de temps à le faire, dans ce groupe !”

“Le groupe” hoche la tête, en se rengorgeant. Leur laisser ce moment de gloire, parce que c’est important.

“C’est intéressant ce que vous dites. Vous voulez dire que si vous passiez du temps, vous pourriez en faire autant ?
– Ben… Oui, je pense.
– Alors ?”

C’est Monsieur Vivi qui m’avait encouragé à ça. Les inciter à rendre un travail soigné. Et je dois dire que j’y parviens bien peu souvent.

“On peut vous rendre nos vidéos à nous plus tard, monsieur ?
– Attends, les notes elles seront finies, non ?
– Ouais, mais c’est pas grave !”

Parfois il y a des victoires.

Mercredi 8 juin

Depuis le début de la semaine, je suis la ligne de mire d’un mini-conflit somme toute plutôt rigolo : j’ai reçu récemment une convocation m’invitant – pour rester dans l’euphémisme – à faire passer les oraux du bac de français et à corriger les écrits dudit bac de français. Ce qui impliquerait :

  1. Que je serai absent toute une semaine du bahut.
  2. Que je ne pourrai pas surveiller le brevet des collèges.

La principale est actuellement en négociation acharnée avec le rectorat pour que je reste à parcourir Bilbo le Hobbit avec les élèves de cinquième. Dans le même temps, j’apprends par des bruits de collègues mieux informés que moi que, visiblement, les TZR – les profs titulaires remplaçants – peuvent bien se brosser, l’année prochaine, pour espérer obtenir un poste fixe : le fait que les stagiaires exercent désormais pendant 18 heures et le recours massif à des vacataires (contre qui je n’ai absolument rien) qui peuvent plus ou moins choisir leur poste fait que nous avons toutes les chances, nous qui n’avons aucun pouvoir sur nos affectations, de nous retrouver à boucher les trous : 6 heures par-ci, 4 par là, 8 encore ici…

Je suis TZR, je suis donc en train de devenir cet espèce d’adhésif, ce pansement que l’on applique là où saigne l’éducation nationale. Parce que je suis dans les derniers arrivés dans l’académie, parce que l’époque est comme ça, parce que je ne suis pas assez âgé, mais pas non plus assez jeune, parce que j’ai déménagé au mauvais moment… La liste de mes infractions au hasard est longue. Je suis, comme tous mes collègues dans la même situation, indispensable et négligeable. TZR. “Tu n’as jamais pensé à passer le concours ?” me demandent gentiment des collègues, en poste depuis un moment. Et qui rient avec un peu de gêne, un peu d’incrédulité quand je leur explique que nous avons exactement le même diplôme.

Le système a besoin de notre dérive. De notre incertitude du mois de juin, à ignorer qui seront nos élèves, et dans quel grand bâtiment de béton nous enseigneront. Le système a besoin des fantômes qui ne refusent pas.

Des TZR.

Mardi 7 juin

C’est un réflexe que je n’ai jamais réussi à acquérir, et pourtant c’est la première, ou deuxième règle, à la limite, quand on s’adresse à des élèves : ne parle pas sur leur bruit.

Je suis désorganisé. Et souvent, lorsque l’heure de cours commence, je voudrais que ça aille vite. Que l’on puisse se mettre en activité tout de suite, que les choses se lancent.

Mais ça n’est pas possible.

Au début, il faut le silence.

Et ça n’est pas une question de pouvoir, ou de domination. C’est juste que chaque cours, chaque enseignement a son tempo. Et que pour lancer le métronome, il faut que la musique individuelle de chacun se mette en pause.

“Ne parle jamais sur leur bruit”, c’est M. qui m’avait appris ça. Parce que c’est inutile. Si les mômes ont déployé la bulle de leur parole, tes mots n’entreront pas.
Mais ça me semble si difficile. Parce que je reste, malgré tout ce que je peux dire, le mec qui est arrivé dans ce métier en imposteur. Pour qui les trois premières années ont été cauchemardesques. Je reste celui dont une petite voix susurre en permanence qu’il n’a rien à leur apporter, alors pourquoi t’écouteraient-ils, ces mômes ?

Ne pas parler sur leur bruit, c’est aussi m’entendre. Et même après quatorze ans, ça m’est difficile. Mais c’est capital. Et c’est l’un de mes combats, jamais gagnés.

Lundi 6 juin

Bières avec J-M. Ça fait très longtemps. Longtemps que je n’avais pas débriefé du boulot avec un collègue devant des pintes. La dernière fois, c’était avec T. On évaluait la difficulté de la semaine comme ça. Semaine à une, deux ou trois pintes.

Ce n’est pas la même chose, ce soir, sur cette petite terrasse où nous discutons élèves, cinéma, BD, parcours de vie : les choses sont plus douces au collège Hoshido qu’à Grigny et je connais moins bien J-M.

Seulement, même si c’est idiot, ça me rassure. Partout où on pourra partager nos vies devant un verre, ce boulot sera chouette.

Samedi 4 juin

C’est un truc qui réussit, me concernant, une fois dans l’année.

“Monsieur, c’est quoi déjà le COD ?”

Je m’interromps dans les questions de révisions sur la proposition subordonnée relative et regarde Anya. Anya est parmi les élèves les plus performantes de cinquième.

“Vraiment ?
– Non mais c’est vrai monsieur, je comprends pas depuis la primaire.
– Moi non plus.
– Ni moi.
– Ben moi non plus.”

Il est donc temps de tenter. Le Grand Numéro. J’inspire dramatiquement.

“Je ne peux pas le réexpliquer à chaque fois, tous les ans !
– Mais monsieur…
– Bon. Je vous explique. Une fois, à l’oral. Je vous donnerai un cours dessus demain, mais là, vous lâchez tous vos styl… Vous lâchez tous vos stylos Nate ! Et vous écoutez.”

J’attends que le silence complet tombe. Magistral complet et absolu. Tous les yeux sont sur moi, je dispose d’environ quatre minutes pour expliquer. De ma plus jolie écriture, je note ma phrase exemple.

“Bilbo court. Où se trouve le verbe ?
– Ben… court.
– Exactement. Et la phrase a-t-elle un sens ?”

Quatre minutes, pas plus, d’explications concises et de silence complet.

“Tout le monde a compris ?
– Ouiiii !
– Sûr ?
– Ouiiiii !”

Et c’est le cas. Questions là-dessus le lendemain. Le surlendemain, la semaine d’après. Un mois. La question des COD et COI est réglée, par ce moment de cours magistral pur. Pas un mot d’écrit, pas un exercice de fait. Parce qu’il s’agissait de mettre de l’ordre dans quelque chose qu’ils connaissaient déjà à peu près. Parce que j’ai pu leur demander une concentration absolue. C’est une carte précieuse, qu’il faut savoir jouer au bon moment.

Là ça valait le coup.

Vendredi 3 juin

Pour la première fois au collège Hoshido j’ai vécu une de ces heures.

Celle que l’on grappille, que l’on passe à discuter avec des collègues qu’on ne connaissait pas, au lieu de remplir des bulletins ou de corriger les dernières copies.

Je crois que c’est l’un des aspects que j’aime le plus, dans ce métier. Quand on peut prendre le temps de parler avec ces gens avec qui on a sens doute peu à partager. Mais, à force de passer du temps avec eux, à force de tourner autour, un rayon de lumière vient frapper une facette.

Et tout devient plus chaleureux.

Jeudi 2 juin

Résumons.

Il est treize heures et en salle 56, quatre élèves s’entraînent à lire le Conte des deux sœurs jalouses : elles ont trouvé une bande-son qui va bien, deux peluches et un bout de bois (si vous avez lu l’histoire, vous comprendrez).

En salle 55, trois autres jouent la même, mais en se filmant. Elles ont crée un prompteur manuel dont elles sont très fières.

Et dans la salle 57, les sixièmes mettent les dernières touches à leur sketch historique. L’un d’eux s’entraîne à marcher en talons pour le rôle.

Je passe de l’une à l’autre, donnant conseils et recommandations, les applaudissant, et riant avec les mômes.

À l’extérieur, tournoi de foot : élèves, personnels du collège et profs. La cour résonne de cris de joie.

C’est tellement cliché que c’est drôle : je voudrais être dans un épisode de Glee que je ne me comporterais pas autrement. Est-ce que je ne m’enfonce pas un peu dans la caricature, en fuyant cet événement convivial ?

Je décide que non. Je donne une place à des élèves qui ont envie d’être heureux.

Mercredi 1er juin

Une fois n’est pas coutume : ce soir, je copie / colle un article que j’ai ébauché sur Twitter et qui a été repris par Mediapart. Bonne lecture :

C’est une nouvelle qui a énormément été reprise sur les réseaux sociaux : face à la pénurie d’enseignant·es, l’Académie de Versailles organise du “job dating” (les joies du langage managérial que l’on infuse par brassées de douze litres dans l’enseignement depuis quelques années). Le but : 30 minutes d’entretien pour te lancer dans l’aventure de l’enseignement ou de l’encadrement scolaire.

On a beaucoup ri de ces reportages où sont interviewées des personnes expliquant qu’elles peuvent enseigner pour des raisons parfois incongrues. Moi aussi j’ai ricané. Bêtement. Souvent, un candidat au CAPES a des motivations également naïves. La différence, est qu’un·e candidat·e au CAPES dispose – encore – d’une formation. Qui lui permettra souvent de réévaluer ses objectifs. J’y reviendrai, mais le problème principal n’est pas là. Le problème est que ce qui se passe est similaire l’enclenchement d’un piège à loups. Je m’explique.

Depuis plusieurs années – je dirais que ça a vraiment commencé sous Sarkozy, mais on m’a signalé que le gouvernement Chirac avait bien entamé le boulot – le statut de l’enseignant est attaqué. Violemment. Tâches qui se multiplient, précarisation (bon courage pour trouver désormais un poste fixe), et image de plus en plus dégradée aux yeux du public. 

Je pourrais aussi évoquer une perte de moyen horaires (j’enseigne le français 3h30 par semaine contre 5h quand j’ai commencé, et 6h30 quand j’étais élève), avec des exigences restant constantes, voir augmentant. Corollaire : la profession est désertée. 

Que fait donc le ministère ? Il recourt à des contractuel·les, plus précaires encore que les titulaires. Sans formation, et, comme c’est le cas à Versailles, avec des entretiens plus que sommaires. Tu connais 4 œuvres de Proust ? (Ou de Balzac, car on me souffle perfidement à l’oreillette que pour Proust, ça n’est pas si simple) : tu as le profil pour être prof de français.

On poursuit donc la mise en place donc un métier à plusieurs vitesses : les titulaires, au statut plus stables, mais brocardé·es et considéré·es comme des dinosaures feignasses, et des contractuel·les, au statut très start up nation et donc les compétences seront, par nature, hyper aléatoires. J’ai connu des précaires absolument extraordinaires et d’autres qui – anecdote 100% réelle – ont failli se foutre par la fenêtre pendant que des élèves défonçaient des murs en cours. 

« C’est également le cas pour des titulaires, qui sont parfois en perdition ! » pourra-t-on à juste titre répliquer. Sauf qu’un·e titulaire a des atouts : à commencer par une formation disciplinaire, d’au moins trois ans, jusqu’à cinq. Et cette formation disciplinaire, je l’affirme au risque de m’enfoncer encore plus dans un grand bain d’archaïsme, est un pilier essentiel du métier : la transmission du savoir se construit au jour le jour, c’est entendu. Mais elle doit reposer sur un savoir précis, actuel, qu’on a eu l’occasion d’exercer et d’interroger durant ses études. La fameuse posture de l’enseignant·e repose sur la maîtrise des contenus qu’il a à transmettre. Ce qu’un concours comme le CAPES permet de valider, du moins en partie.

Qui plus est, on peut vouer aux gémonies les INSPE, ESPE ou IUFM, sigles divers qu’ont revêtus les non moins divers instituts de formation des enseignants, mais ils fournissent, même de façon imparfaite, un lieu non seulement d’apprentissage mais aussi de regroupement, où des profs en devenir peuvent apprendre non seulement les bases de leur futur métier mais également leurs droits, leurs devoirs et leur éthique, qui sont essentiels et complexes. Et fort difficile à transmettre en salle des profs, entre la photocopieuse, le remplissage des bulletins et la gestion de la bagarre de la récréation de dix heures vingt. Être formé par ses pairs, de façon empirique, est non seulement bénéfique, mais également essentiel. Cependant, sans un apport théorique et, surtout, détaché des mille urgences de la vie enseignante, il sera au mieux bancal, au pire contreproductif.

Parce qu’un·e contractuel·le n’aura pas le luxe d’entrer doucement dans le concret. Une fois recruté, il est placé devant les élèves, et bon courage, camarade !

“Oui, mais au moins, il y a du monde devant les élèves !” Et c’est là le piège. De plus en plus, la société se scinde. Les enfants issus de familles ayant les codes scolaires s’en sortiront, presque quoi qu’il arrive. Il faut juste qu’ils reçoivent le minimum et qu’ils soient gardés pendant que les parents bossent. Les autres familles, elles, trouveront leurs enfants de plus en plus en difficulté devant un corps de profs de plus en plus volatil et peu formé. Disparités dans les bahuts, donc et entre les régions.  Mais tout ça c’est chiant, la preuve, les trois qui lisent encore ce fil ne doivent tenir que pour ma promesse de parler d’Andrew Garfield et Zendaya. Cet article était à l’origine un fil twitter, et je pouvais donc vous montrer une photo de ces deux merveilleuses personnalités du cinéma américain, mais je ne pourrai ici que vous inciter à regarder Dune et Tik Tik Boom, dans lesquels ils apparaissent et qui sont des films qui font du bien. Sur ce, revenons à la galéjade que je vous dépeins. 

Le plus préoccupant est que cette précarisation devient la norme (Versailles et Créteil ont TOUJOURS été le laboratoire glauque de l’Éducation Nationale, les projets qui me faisaient fumer par les oreilles quand j’y étais se retrouvent TOUJOURS appliqués nationalement plus tard). Elle joue sur le bon gros cliché PMU de l’image du prof (pardon aux proprios de PMU) : “Ouais, moi je pourrais être prof, ça filerait droit avec moi, et j’aurais 6 mois de vacances !" 

Elle crée des divisions entre les collègues : nul doute qu’en me lisant, on se demandera si je ne me contente pas de défendre mon statut de titulaire contre des contractuel·les sincères et volontaires, souhaitant réellement se lancer dans la profession. Or il ne s’agit pas de remettre en cause les qualités individuelles des collègues, mais l’état général des métiers de l’éducation : nous enseignons actuellement malgré un manque de formation, et ce problème est transmuté, par l’habituelle et obscure sorcellerie libérale, en norme. Et surtout cette précarisation affaiblit totalement la profession : si tout le monde peut l’exercer, la mission de prof n’est-elle par une arnaque ? Pourquoi encore de la formation, pourquoi encore un statut ? 

Et pendant ce temps, ce sont les élèves qui souffrent. Les mômes à qui j’enseigne actuellement et dont je suis le quatrième prof de français par exemple. Ils ont eu deux mois sans prof de français. On ne trouvait pas de titulaire, et les contractuel·les ne restaient pas. Heureusement qu’en janvier, j’ai terminé mon remplacement en lycée, avec entre autres des premières ! Premières qui, actuellement se retrouvent partagés entre quatre collègues parce que la prof titulaire est en congé maternité et non remplacée. Et bien sûr, à qui va-t-on s’en prendre, sinon, encore et toujours aux profs toujours absents ?

On a percé des trous partout dans l’Éducation Nationale, on nous demande d’écoper le Titanic avec des petites cuillères percées de trous de la taille de mon ignorance en matière fiscale, et de dépasser une navette spatiale. 

Scoop : ça n’est pas possible. L’enseignement nécessite un investissement, c’est ce qu’il est. Comme la santé ou l’écologie. Nous sommes le temps long. Et on nous présente, dans cette époque de la rentabilité, de l’immédiat, de la punchline, comme anachroniques. Il faut. Il faut mettre des profs devant les élèves maintenant, il faut régler le problème vite ; tout de suite. Peu importe que les solutions proposées temporairement empirent les choses à long terme.

Alors que c’est le contraire.
Lorsque j’apprends à un môme, je sais parfaitement que mon enseignement ne portera pas ses fruits immédiatement. Il faudra un mois, un an ou quatre. C’est normal. Pourtant je n’insulte pas l’élève. 

Au contraire, je lui accorde plus d’attention encore. C’est pareil pour l’éducation. Il faut en prendre soin. Revaloriser – oui, je parle d’argent – les métiers de l’éducation. Permettre une formation solide et cohérente pour entrer progressivement dans le métier. Et surtout, se demander quelles sont les ambitions que nous avons pour nos enfants : que souhaitons-nous leur transmettre ? 

Tant qu’on ne se sera pas posé ces questions, tant qu’on ne sera pas demandé, tout simplement à quoi sert l’éducation de nos enfants, le job dating aura encore de beaux jours devant lui.