Mardi 27 septembre

De temps en temps, il ne s’agit pas de trouver l’activité la plus originale possible, d’essayer une disposition de classe révolutionnaire, ou d’aller faire cours ailleurs que dans la salle de classe.

“Mélioratif ? Ça veut dire quoi, monsieur ?”

De temps en temps, il s’agit juste de leur donner les mots.

“Qu’est-ce que vous entendez, dans mélioratif ?
– Or ?
– C’est vrai que c’est un joli mot. Vous entendez d’autres sons ?”

Ne jamais dire non. C’est comme dans un match d’impro. “Oui et”.

“Les quatrièmes, je vais vous lire un passage où Cyrano est un peu plus vulnérable. Ça n’est pas grave si vous ne comprenez pas tout. Écoutez juste.
– Monsieur, c’est quoi vulnérable ?”

Il s’agit, dans ce boulot frénétique, de ralentir, de prendre son temps. Devenir à soi-même et à eux la caisse de résonance de mots innombrables qui leur manque. Ne jamais, jamais s’offusquer.

“Monsieur, c’est quoi, bonté ?”

Elle a pu vivre tout ce temps sans connaître le mot bonté. Et aujourd’hui, il va advenir dans son univers. Si ça n’est pas un miracle, ça. Vous allez vous foutre de moi. Mais c’est sans doute ce qu’il y a de plus beau, de plus mystique, dans cette profession. Incarner les mots, patiemment, un par un.

Certaines heures, c’est suffisant.

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