Mardi 11 octobre

Et d’un coup, je me retrouve avec 15 adolescents, et leur corps.
Pour un professeur d’EPS, cette situation semblera absolument banale. Pour un prof de français avec des velléités de club théâtre, beaucoup moins.
Parce qu’un club de théâtre, avec des collégiens, avant de découvrir des textes, avant de réfléchir à de la mise en scène, avant d’apprendre, c’est avant tout occuper des corps. Des corps qui quand on “fait du théâtre” en cours (on ne fait jamais vraiment de théâtre en cours, c’est pas un problème de compétence, mais de temps et d’espace, un vrai problème cosmique) se tortillent, se balancent, ne savent pas vraiment ou se mettre.
Alors, jouer.
Des trucs hyper simples. Marcher dans l’espace, se regarder dans les yeux, reproduire les gestes de l’autre. Se toucher, hors de question, ce sera beaucoup, beaucoup, beaucoup plus tard. Et pas pour tous.
Énormément de rires nerveux. Qu’est-ce qu’il est en train de nous faire faire, Monsieur Samovar ? Et pourtant, tous, ils font. Et petit à petit, le calme. Parce que, dans tous leurs gestes, dans toutes leurs enveloppes, il y a cette envie, dévorante, de tout être humain : l’élan.
Être de ceux qui sont gracieux, qui sont beaux, qui finissent leurs gestes. Être en maîtrise de sa voix, de ses mouvements, de son espace.
Et je le vois déjà, cet élan. Briller à travers cette crainte d’habiter, vraiment, son corps.
J’espère, cette année, pouvoir les y aider. Même un tout petit peu. Parce que c’est tellement de bonheur en plus.