Mardi 13 décembre

C’est un conseil que je donne souvent : “Ne fais pas étudier un texte que tu aimes, c’est un coup à t’en dégoûter si les élèves n’accrochent pas.”

Évidemment, faites ce que je dis, pas ce que je fais. C’est une 4e à 17 élèves, tout le monde les appelle les freaks. Ça fait très longtemps.

Nous voilà donc à Newsburyport, prêts à prendre le bus. Les mômes sont de bonne volonté mais déjà découragés par les termes désuets qui affluent. “Lovecraft, c’est l’innommable ! Quand vous ne comprenez pas, c’est que c’est horrible.”

Une blague ne suffira pas. Il va falloir de l’aide.

Alors ce sera par la voix. Souvent, très souvent, je leur lis le texte. L’introduction, ces mystérieuses descente de police. La visite de la bibliothèque. Le chauffeur de bus batracien. Je prends des voix. Lire du Lovecraft et l’incarner.

Et puis l’illustrer. Les mangas de Gou Watanabe, les fatras d’images qui existent un peu partout. Petit à petit, leur recréer le monde glauque et indicible du maître raciste de Providence.

Glauque et chaleureux.

Dans les ombres de l’auteur et de tous ceux qui l’ont lu avant eux, ils avancent. Craintifs mais heureux. Et c’est beau à voir.

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