Mercredi 12 avril

Il passe devant nous à l’arrêt de bus. Il a l’air invincible sur son vélo. Vif et heureux. Comme toujours, on dirait une sorte de prince, arraché à son royaume, où il retournera un jour. Contrairement aux trois profs, le visage creusé par la journée de boulot.

“Ah tiens, salut !”

J’essaye de détecter de la provocation dans son sourire, je n’arrive pas à le déterminer. Parce que merde, quoi, il ne ressent même pas un peu de culpabilité ? On l’a porté à bout de bras, Lorian. Il nous a expliqué que c’était compliqué pour lui – je ne doute pas que ça l’est – et pour sa famille – je n’en doute pas non plus – qu’il voudrait réussir mais n’y arrive pas. Il y a eu des entretien, du temps passé avec lui, du tutorat…

Pour qu’il arrête, un beau jour de venir en cours. Et qu’on le voit se balader dans le village d’Alrest. Ou nous dépasser à vélo. Je peste parce qu’une partie de moi a la sensation d’avoir été flouée. Alors que la réponse est sans doute beaucoup plus complexe. Le système scolaire a perdu Lorian, parce que ses outils n’étaient pas adaptés. Dans l’accompagnement comme dans la sanction.

Et maintenant ? Que va-t-il lui arriver ? Il n’est qu’en cinquième – officiellement – et sa scolarité encore obligatoire pour un moment.

Mais tout ça je ne le saurai sans doute jamais, n’étant pas là l’année prochaine. Sentiment de gâchis et goût de cendres. Peut-être que je ne devrais pas m’en faire ?

Il a l’air heureux après tout.

(Je m’en fais).

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