Vendredi 21 avril

“Je ne veux plus entendre ça.”

Léna tourne vers moi un regard surpris. J’ai pris, pendant cette heure de jeu de rôle, un ton que je ne prends même pas quand ils sont désagréables en cours.

“Mais monsieur, c’est un compliment…
– Vous croyez ? Essayez d’imaginer comment je me sens, alors.”

Ça arrive tous les ans ou presque. Cet élève qui, par manipulation ou grande maladresse, démolira un ou une collègue en vous affirmant que vous, au moins, vous expliquez bien, vous êtes gentil, vous faites bien votre travail. Il y a quelques années, une part de moi y trouvait un peu de réconfort. J’étais tellement peu sûr de ce que je faisais.

Aujourd’hui, je ne le suis pas davantage. Mais je sais aussi qu’il y a un geste éducatif à poser :

“Je travaille avec Mme L. tous les jours. Je la vois en salle des personnels. Comment vous pensez que je vais me sentir, après avoir entendu ça.
– …
– Hypocrite. Parce que je suis loyal envers vous. Mais je dois l’être aussi envers mes collègues. Vous avez le droit de penser ce que vous voulez de nous. Mais ne créez pas ce genre de conflit. Ça ne nous fait pas plaisir, et vous êtes bien meilleurs que ça.”

Il y a un silence gêné autour de la table et dans la forêt qu’ils explorent, dans la peau de leurs avatars rôlistiques. Je m’en veux d’avoir cassé l’ambiance. Mais l’intégrité est même au-dessus de nos aventures que j’adore.

“Maintenant que j’ai bien pourri l’heure, ça vous dirait qu’on s’y remette ? Parce que faire du jeu de rôle, avec vous, ça ça me fait hyper plaisir.”

Léna restera silencieuse un bon quart d’heure. Puis participera une fois. Puis deux. En me jetant un regard prudent. Je hausse les épaules en souriant.

“On y va.”

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