
Verre avec M. Nous discutons de la difficulté, quand on débute dans l’enseignement, à choisir les bons mots. À être clair avec les élèves. Alors que la mousse baisse dans mon deuxième demi, je tente de formuler ce qu’il se passe à chaque heure :
« C’est comme une suite d’embranchements, et il faut sans cesse choisir le bon. »
La bière, pour une fois, aide à l’analogie. C’est vraiment l’impression que j’ai. Selon leurs réactions, leurs questions, le temps qu’il me reste et l’importance du sujet, se déploie sous mes tempes un arbre d’infinies possibilités. Répondre à la question ou continuer le cours ? Recourir à une anecdote, expliciter chaque mot ? Interrompre l’explication ou l’activité pour demander à Romina de se remettre au boulot ? Une sorte de Livre dont vous êtes l’enseignant, voguer de paragraphe en paragraphe, à ceci près que l’on a que quelques secondes pour faire un choix, et qu’on ne peut revenir en arrière ou relancer les dés.
Ça pourrait être angoissant. Ça l’est souvent. Mais c’est aussi fascinant, de découvrir la géographie de ses synapses, sur laquelle on navigue à pleine vitesse, radeau dérisoire lancé sur les flots, en espérant construire du sens.