Samedi 21 décembre

Il n’y a pas vraiment de traduction française pour « commit to memory ». Graver dans sa mémoire, peut-être, mais il manque cette volonté, je trouve.

Cette réflexion linguistique me vient tandis que je suis en train de relire d’anciens billets de ce blog. Les premiers ont plus de dix ans. Dans leurs lignes, la course du temps est stoppée nette. Je repense à cette réplique d’un épisode de Doctor Who, celui où Madame de Pompadour tente de comprendre la machine à voyager dans le temps du Docteur : « Il y a dans votre monde un vaisseau, dans lequel les chapitres de ma vie sont tous réunis ensemble, comme dans un livre, et il est possible d’y accéder sans vieillir d’un jour, tandis que moi, voyageuse épuisée, je dois emprunter le chemin le plus long. »

À ceci près que cette machine, je la construis de jour en jour, et elle ne raconte que le passé.

Non. Non, ce serait lui accorder, tout orgueil bu, trop de crédit.

Cette machine raconte une histoire traversée de milliers d’autres. C’est sans doute ce que j’ai fini par vouloir faire, en écrivant quotidiennement. Ne pas laisser passer un jour quitte, parfois, à antidater, comme je le fais aujourd’hui. Tenter de tisser le fil de tout ce qui, la soirée venue, est condamné à disparaître. Parce que sinon, on ne tiendrait pas le coup, ni élèves ni enseignants. Une histoire qui existe dans les serveurs d’une entreprise richissime, mais, je m’en rends compte à présent, dans les méandres de mon cerveau. Certaines choses ont été préservées, à force d’aligner maladroitement des lettres. Les gifs que je postais pour me donner du courage ; les noms de lieux de jeux vidéos que je donne aux établissement dans lesquels je passe ; les répliques hallucinantes d’Hildegarde ; les conversations avec T., dans le RER ; les routes de Bretagne qui se déploient, d’élèves en élèves.

Il est sans doute trop tard, désormais, pour arrêter. Voyageur épuisé, j’emprunte le chemin le plus long. Et j’y prélève, chaque jour, une pierre, une lettre ou un rêve.

C’est la raison d’être de ces lignes. Elle me suffit.

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