
« Oh, ne soyez pas ridicule Andrea, tout le monde veut cette vie ! Tout le monde veut être nous. »
C’est un cliché mais je l’assume : je suis raide amoureux de la performance de Meryl Streep dans Le diable s’habille en Prada. Plus encore dans la scène que je viens de citer, ou, ouvrant la porte de la voiture, l’acariâtre éditrice d’un magazine de mode devient un soleil de grâce et d’élégance pour le public qui l’attend au dehors.
Peut-être est-ce parce que je l’ai trop vu, mais je trouve désormais cette scène terriblement touchante. Parce que même si son sourire est joué, qu’il fait partie du boulot du personnage, il est aussi l’un de ces sourires qui console de la misère du monde. Parce que, parfois, les gens ont juste besoin que quelqu’un de beau et de puissant leur montre qu’il suffit juste de sourire.
« Je suis mort. » confie-je à M. quelques secondes avant d’entrer en classe. Je dors toujours extrêmement mal, les soirs suivant mes cours de théâtre. L’excitation, le fait d’avoir passé du temps à incarner d’autres personnages, de s’être retrouvé avec des gens qui partagent ce truc qui m’est si important. Et le lendemain, les quatre heures de cours du mardi matin sont rudes. Mais
« Vous avez l’air content, Monsieur. »
Toujours, toujours sourire en les accueillant. Ça n’est pas mentir, ou enfin c’est mentir, pour une fois, pour les bonnes raisons. Pour leur donner de la chaleur et du courage, pour leur dire qu’on se retrouve pour partager un bon moment. Et même les jours où l’on se sent gris et froid, en plus de la fatigue – heureusement, ce jour n’en fait pas partie – brancher les vingt-mille volts de l’émail plus blanc que blanc.