
Pour des dizaines de raisons fabuleuses et intimes, les vacances qui viennent de s’achever m’ont laissée, comment dire, rayonnant. De joie, de confiance et de sérénité. Je sais, depuis longtemps désormais, que ce sentiment d’invincibilité n’est que temporaire. Il vient du fait que je suis plein d’énergie, mentalement comme physiquement. Et que mon optimisme déclinera avec ce trésor reconstitué.
Mais comme je suis inconscient et un peu idiot, je puise sans compter dans mes richesses intérieures, en cette matinée de mercredi. Je voudrais que ces trois heures de cours soient parfaites.
Et elles le sont presque. Au prix d’efforts phénoménaux. Je parviens tout à la fois à être clair dans mes propos, à désamorcer rapidement et efficacement les situations de conflits potentiels, à rythmer les activités et à ménager des temps de respiration. Toutes choses qui, de l’extérieur, semblent aller de soi pour quelqu’un n’exerçant pas ce boulot.
Mais qui sont quasi-impossible à tenir sur le long terme. Je sors de cette poignée de minutes totalement groggy. Je me suis brûlé comme rarement en gérant tous ces aspects, primordiaux, de la classe. En temps normal, nous devons nous économiser. Sinon nous serions tous en arrêt pour burn out au bout de deux semaines. J’ai parfaitement conscience de donner du grain à moudre à certains détracteurs de l’éducation nationale en écrivant cela. Mais c’est aussi une question qu’il devient nécessaire de regarder en face : se rend-on bien compte de la quantité d’énergie et de vitalité qu’il faut mobiliser pour jouer cette délirante partition ? Susciter l’intérêt, l’adhésion, l’harmonie et la compréhension simultanément chez un public captif et ne partageant pas toujours grand-chose ? C’est un travail titanesque. Et je refuse désormais d’avoir honte de le dire.
Mais c’est aussi pour cela qu’il est nécessaire d’avoir une vie extérieure féconde, riche et forte en dehors. Pour trouver ces éclats lumineux qui nous permettrons d’être, pour une semaine, dix jours ou un peu plus, capables d’enseigner idéalement, dans des conditions qui le sont chaque jour un peu moins. Ce n’est pas normal, de devoir être de telles forces de la nature, pour enseigner. Ce ne doit pas devenir l’habitude, et c’est aussi pour cela que lutter socialement est indispensable.
Accordons-nous, toutefois, ce crédit : nous sommes capables de grande magie.