
« Leur donner des images mentales et une langue précise. »
C’est ce qui m’est spontanément venu à l’esprit lorsque M., ma stagiaire, m’a demandé ce qui était le plus important à transmettre aux élèves selon moi. C’est marrant, avec le recul, si plus de temps m’avait été accordé, je ne pense pas que j’aurais répondu cela.
Des images mentales. Souvent, je dis que lorsque j’aurai une affectation fixe, j’investirai dans des affichages. Donner aux mômes des supports. Un château de conte de fées, Colette, l’intérieur d’un journal au XIXe siècle. Je suis souvent effaré – sans aucun mépris – du fait que les élèves n’ont aucune idée de quoi parle un texte, parce qu’il leur manque des représentations. Comment leur expliquer la détresse de Mathilde Loisel si on n’a pas la moindre idée de ce à quoi ressemble Paris, que ce soit au passé ou au présent ? Comment se construire un imaginaire sans dragons ?
Et les mots, pour exprimer tout cela. Pas tous, pas intégralement, non. Mais leur donner un vocabulaire précis. Parce que c’est l’un des premiers discriminants sociaux. Savoir nommer, et bien nommer le monde qui les entoure, que ce soit au niveau du vocabulaire ou de la syntaxe.
En réalité, ces deux ambitions se rejoignent. Ce à quoi j’aspire, c’est à leur donner de quoi s’emparer de la réalité. Qu’ils la subissent moins. Qu’ils en soit davantage les acteurs et les magiciens. En passant pas des outils naïfs, si naïfs…