Mardi 21 janvier

Gaëtan fond en larmes. J’avoue ne pas l’avoir vu venir. Depuis le début de l’année, Gaëtan est plutôt l’élève enthousiaste, toujours la main levé, et en permanence désireux de partager ce qu’il fait. Royalement indifférent, d’ailleurs aux quelques commentaires (que je déboîte avec bonheur) désagréables quant au fait qu’il étalerait trop sa science.

« Je ne comprends pas. D’habitude, vous aimez travailler en groupe avec Alya et Nathan.
– Je veux pas travailler en groupe.
– Vous vous êtes disputés ?
– Non. Non c’est que… »

Les sanglots l’empêchent de poursuivre. Je l’exfiltre discrètement dans le couloir tandis que M. prend les élèves en charge.

« Vous pouvez me parler.
– C’est juste que ce sera pas aussi bien que si c’est moi qui fait tout seul. Et c’est important, vraiment important. »

Ce qui est important, c’est de réaliser un exposé sur l’un des personnages du film que nous avons fini de regarder ensemble.

« Ils vont rater.
– C’est important de faire confiance, dans un groupe.
– Je vous en prie, je veux vraiment, vraiment que ce soit bien. »

Il y a dans sa voix un accent quasi-suppliant. Qui me fait hocher la tête. Et rentrer en classe où il déploiera, en calligrammes et textes rimés, l’histoire de Suzu, la jeune fille timide devenue idole de la chanson dans une réalité virtuelle. Et moi de rester muet en me demandant où est née cette passion entre un personnage de fiction et ce tout petit môme aux grosses lunettes.

Laisser un commentaire