
Dans nos échanges de vacances, trois collègues m’ont, séparément, qualifié de « lumineux » dans ma présence au bahut. Je ne le dis pas – que – pour me vanter, mais parce que l’adjectif m’a interpelé. Interpelé parce que, lorsque j’entre dans un établissement scolaire, dans une classe, où que ce travail m’ait mené, je passe mon temps à faire filer entre mes doigts tout ce qui pourrait mal se passer. Pour les mômes et pour moi. Et bien souvent, lors des débuts de cours ou de journée, cette impression d’être au fond d’un puits. Et de devoir, par une lente ascension – une heure de cours qui se passe bien, les mots de quelqu’un, un éclat de rire en salle des personnels – en émerger.
Je ne dis pas qu’aller au boulot est une souffrance. Juste que, dans ma pratique professionnelle comme dans ma vie en général, j’ai la sensation d’être pesant. Et qu’allumer cette lumière, c’est à chaque fois le défi, immense et absolu, de la journée. Le faire parce que, bien entendu, j’ai un besoin dévorant de validation. Mais le faire aussi pour faire croire, mentir, aux mômes : qu’ils pensent que le monde, c’est ça. Quelque chose de profondément joyeux. Ce n’est pas beau de mentir, clairement. Mais je me dis, j’espère en tout cas, être dans les derniers à faire cela. Me dire que si j’y arrive, un peu chaque jour, à conquérir cette lumière, alors ça leur deviendra évident, pour eux, de la ressentir. C’est sans doute illusoire.
Mais c’est un joli petit espoir.