Lundi 3 mars

Aujourd’hui, arrivée d’une troupe de théâtre dans l’établissement qui, pendant deux semaines, va leur présenter leur travail au fil de plusieurs heures. Et également leur demander d’effectuer des exercices scéniques.

Il est 8h25, les sixièmes Feunard sont adorables, mais endormis, comme de juste, et également très scolaires. Le corps, c’est un problème. Ce que j’écris est stupide, habiter son corps, c’est toujours une question, que l’on ait douze ans ou, au hasard, quarante-deux.

Heureusement, ce danger-là, je le connais. A défaut de le maîtriser.

Il ne faut pas y aller par quatre chemins. Avec une emphase totalement grotesque, je me lance à leurs côtés dans ces exercices ridicules. Le but, ça n’est pas de donner l’exemple. Le but, c’est de fournir un contraste. Si je suis tellement dans l’excès, alors ils peuvent se permettre d’en faire un peu. C’est ma contribution aux efforts dingues que déploient les intervenants pour mettre en place leur univers.

Je sais que je grille des cartouches de crédibilité en faisant ça, notamment auprès d’Imane, qui n’apprécie rien tant que lorsque je suis dans un rôle hiératique, et sévère. Mais je vois aussi Laëtitia, pour qui tout est très compliqué, qui est capable d’entrer dans des crises de colère homérique et que son statut d’élève accompagnée la dispense, dans son esprit, d’essayer de bien faire. Pendant cette heure-là, elle tentera tout, et finira par prêter attention à ses gestes. A les rendre plus précis.

Bien sûr que c’est se mettre en déséquilibre, j’en ai parfaitement conscience tandis que, perché sur un pied, je mime quelqu’un ne voulant pas poser l’autre dans la boue. Mais c’est ça, enseigner, en fait : le déséquilibre permanent.

Et construire les savoirs, les compétences et l’assurance qui permettent, à chaque fois, de retomber.

Une réflexion sur “Lundi 3 mars

  1. Bonjour,

    Faire l’andouille devant mes élèves ne m’a jamais fait peur et n’a jamais remis en cause mon autorité. Au contraire, quelque part je deviens plus accessible, plus facilement abordable. C’est important quand on est profdoc. Ma fonction se prête peut-être plus à certaines facéties, mais je pense que je réagirai pareil si j’étais prof de matière. Évidemment, comme toujours, tout est affaires de circonstances et de dosage. C’est tout un art d’équilibriste !

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