Lundi 2 juin

Il faut toujours dire à Elvan d’enlever sa doudoune, même en plein mois de juin, quand les rayons du soleil lui tombent dessus, à travers la vitre. Il va soupirer, rouler des yeux, et l’enlever le plus lentement possible.

Il faut toujours dire à Elvan de prendre un stylo. Il va soupirer, rouler des yeux, et commencer à trier chaque objet dans sa trousse – même quand il n’y en a que deux – afin de saisir en dernier un bout de mine auquel pendouille un cylindre de plastique.

Il faut toujours dire à Elvan d’arrêter de mal parler à ses camarades. Il va soupirer, rouler des yeux et quand je ne le regarderai pas, siffler entre ses dents une moquerie un peu nul, qui fera soupirer, rouler des yeux celui qui l’a reçue.

Il faut toujours dire à Elvan d’arrêter de hurler dès que l’on parle de quelque chose qui s’approche plus ou moins du corps. Il va soupirer, rouler des yeux et refuser toute tentative de communication et d’explication. « C’est tellement gêêêêênant. » C’est sa phrase pour tout. C’est gênant.

Et c’est la fin de la journée.

« Monsieur, vous pouvez m’aider ? »

Il arrive, flanqué de ses copains, qui lui ressemblent tellement. La fermeture éclair de son sac mord sur le tissu. Je ne compte plus le nombre de fois où c’est arrivé. Je ne compte plus non plus le nombre de fois où je me suis agenouillé, pour manipuler délicatement le mécanisme, jusqu’à ce que tout refonctionne correctement.

« Merci monsieur. »

C’est le seul moment où il n’y a aucune morgue sur son visage, aucun plissement exaspéré. Et pas un seul de ses copains ne le charrie.

C’est une toute petite énigme. Une de plus.

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