Mardi 30 septembre

Dans le couloir, deux grands sont en train de se castagner. C’est fatal, c’est normal, c’est collégien : un attroupement s’est formé et nous avons beau être trois adultes pour séparer les protagonistes et disperser la foule, nous peinons. Il y a notamment un môme. Plus petit que les autres, il s’est glissé sous le cordon de sécurité que nous formons à grand peine et provoque les belligérants. En m’approchant de lui, je l’effleure du bras pour l’inviter à se reculer.

« D’où tu me touches ! Tu me touches pas, je fais ce que je veux ! »

C’est comme un code. Celui que je vais devoir, en plus, me mettre à hurler sur un membre du public et augmenter le chaos ambiant.

C’est I. qui me sauve. I. que j’ai vu, à deux heures du matin, épuisée, expliquer à sa petite fille de trois ans à l’époque, pourquoi ce qu’elle faisait était dangereux. Le tout dans des termes simples, clairs, sans aucun affect.

« Je vous touche parce que nous essayons de séparer la bagarre et que là, vous nous compliquez le travail, et je vous ai déjà demandé trois fois avec des mots de reculer. »

Il me regarde, j’ai appris, à force d’année, à effacer tout affect de ma voix dans ce genre de situation. Pourtant je bouillonne. Il y a en moi au moins douze voix qui exigent que je fasse subir à ce gamin les pires tortures légalement permises par le système scolaire. Ne rien laisser paraître, laisser sa vapeur intérieure, et celle du gamin, siffler en vain. Enfin il se recule.

Cette fois-ci, j’ai eu la patience.

Combien de fois encore ?

Laisser un commentaire