Mardi 14 octobre

À l’extérieur les portes claquent et les cris retentissent. Dans trois jours, c’est la fin de la première période et j’ai l’impression d’être à la veille des grandes vacances. Enfants surexcités, adultes excédés. Nouveau jeu : certains mômes s’amusent à ouvrir des sachets de sauce chimique dans des salles pour en asperger les murs. Les traces se nettoient, l’odeur subsiste.

Tenir.

Depuis l’année dernière, plusieurs événements m’ont amené à me plonger dans la – vaste – question de ma santé mentale. Si j’en ai déjà retiré un bénéfice, c’est peut-être celui-ci : je sais mon monde intérieur solide. Et lorsque tout le reste fout le camp, c’est sur lui que je me replie. Je tire de ma cervelle les images d’Eowyn, affrontant le Nazgûl. De l’évêque de Digne, offrant une rédemption à Jean Valjean, et de Léopoldine, entraînée au fond des eaux.

En ces dernières périodes, se raccrocher à ce en quoi je crois, et que j’ai affiné, au fil des années. Lier mon enthousiasme et mon expérience. Et se rappeler d’être doux. Parce que si je parviens à maintenir le cap, que les élèves continuent à jouer le jeu dans mes classes, ça n’est pas le cas pour tous les collègues. Et ça ne marchera peut-être pas la prochaine fois. Prendre soin des autres, se préparer à se pardonner quand ça ne fonctionnera plus.

Je dis très souvent que la gentillesse a des dents. Qu’être doux et fort n’a rien d’antithétique. En ces moments où beaucoup d’élèves se vouent au chaos, par envie, pulsion ou mal-être, cette conviction heurte le réel de plein fouet.

Et pour l’instant, résiste.

Une réflexion sur “Mardi 14 octobre

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