
Les lundi et jeudi après-midi, c’est le quart d’heure de lecture dans tout le collège. Tous les élèves – et idéalement les adultes – prennent quinze minutes pour bouquiner.
Et il faut se rendre à l’évidence : cette année ça ne fonctionne pas. Habituellement, après deux ou trois semaines, je parvenais à convaincre les classes auxquelles j’enseigne à ce moment-là d’amener un livre (« quel qu’il soit », est ce que je répète en permanence). J’ai testé ce qui fonctionne habituellement : les accompagner au CDI pour les aider en compagnie de la collègue professeur documentaliste, leur proposer des listes détaillées, leur lire des débuts de texte…
Rien à faire. La moitié ou presque des mômes arrive un « j’ai oublié » ou un grand soupir lassé aux lèvres, et va se servir dans la bibliothèque de ma salle, que j’alimente en bouquins trouvés dans des boîtes à livres. Pourtant je m’applique à sélectionner ceux qui me semblent accessibles et intéressants. Ils l’ouvrent au milieu et patientent, ennui presque palpable.
« Pourquoi vous nous lisez pas un livre ? » J’insiste, je tente de leur expliquer que se retrouver seul, avec un ouvrage qu’on a choisi, c’est important.
Ils sont loin d’être réfractaires à ce que je leur propose, pourtant. Mais rien ne prend. Et je me refuse à les sanctionner ou à exiger qu’ils lisent – là-dessus, au moins, je rejoins Pennac – de peur de défaire des liens tellement, tellement ténus à tisser avec les mots.
Certaines années, on ne s’explique pas ses échecs. En 2025, pour le moment, c’est celui-là.