Évidemment qu’Arto sera mon chouchou de cette année. Lui et moi sommes du même monde.
Évidemment, je ne le lui dirai jamais. D’abord parce que je tiens encore un peu à mon job. Ensuite, parce que je pense qu’il le sait déjà.
Il le sait parce qu’il a toutes mes références. Pas seulement celles du cours de français, les périphériques. Il a déjà lu les adaptations de Lovecraft par Gou Tanabé, joué à Hades II et vu les films de Jacques Demy. Il est capable d’écrire des textes dans lesquels les personnages parlent naturellement sur un registre qu’il n’emploie jamais. Il fait toujours les questions de rédaction optionnelles des évaluations avant les autres.
Et puis surtout, parfois on se regarde. Et c’est rassurant. C’est pas une question de complicité, d’âge ou de hiérarchie. On sait juste qu’il y a des mondes, fictifs ou semi-réels, qui donnent une cohérence à cette réalité parfois si violente. On les connaît, on les arpente.
C’est ça le truc. Nous sommes les voyageurs des mêmes univers. Nos pas résonnent des mêmes échos.