Mercredi 19 novembre

« De toutes façons vous m’aimez pas. »

Ça faisait longtemps qu’un élève ne m’avait pas dit ça. Je veux dire, vraiment longtemps, plus de dix ans. Face à moi, Adrien a les yeux rivés au sol , les bras croisés et les épaules relevées. Je lui ai passé un ronflon après qu’il ait balancé un « qu’est-ce que tu es con » à l’une de ses camarades qui avait répondu à côté. C’est devenu rare, que j’engueule une personne devant toute la classe, mais il y a des trucs qui continuent à mériter selon moi une sérieuse engueulade publique.

« De toutes façons, vous ne m’aimez pas. »

Les mots me viennent spontanément. Je ne sais pas si c’est le fruit d’une réflexion qui tourne en tâche de fond sous mon crâne depuis longtemps, ou si j’ai répondu au débotté. Sans attendre :

« On n’a pas le temps de ne pas vous aimer. »

Et c’est vrai. En tout cas, je n’ai plus le temps. J’ai eu quarante-trois ans il y a moins d’un mois, et je constate un peu plus fort chaque jour à quel point la perte et le regret sont inévitables. J’ai quarante-trois ans et j’ai passé trop de temps à avoir cette épouvantable boule au bide lorsqu’un élève m’insupportait. Alors oui, leurs comportements peuvent continuer à m’agacer. Je peux me sentir démuni ou faible face à des centaines de situations.

Mais ne pas aimer ces mômes, dans tout le chaos de leur pré-adolescence ?

Un peu de sérieux.

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