
Je doute sans arrêt. Tout le temps. Dans ce métier, comme dans beaucoup d’autres, c’est un sacré handicap. Ça m’empêche, notamment, de surmonter des résistances d’élèves, dans certaines activités. Comme hier, où j’ai commencé un travail d’écriture longue sur les histoires de chevalerie. Créer sa chevaleresse ou son chevalier, et lui faire vivre des aventures : ça a été le chaos à expliquer aux cinquièmes. Mêmes questions posées cinq mille fois, protestations, bavardages incessants… Impression d’avoir pondu un « cours cracra », celui dont les élèves sortent en n’ayant rien appris et le prof absolument éreinté.
Et pourtant, cette fois-ci, plutôt que de changer mon fusil d’épaule ou d’altérer, j’insiste.
« Vous reprenez vos brouillons et vos notes ? Tout le monde a la liste des sites sur lesquels vous trouverez des informations ? »
Les mômes hochent gentiment la tête. Tara vient me montrer le dessin de l’héroïne qu’elle a dessiné en permanence et me demande quels adjectifs employer pour traduire le dessin en mots. Nawel, habituellement incapable de poser plus d’une demi-fesse sur une chaise, se creuse la tête en se demandant comment intégrer des samouraïs à la cours du roi Arthur, et Lorna chasse les occurences du verbe « avoir » dans ses descriptions.
C’est une de ces heures à la fin desquelles ils disent « déjà » quand ça s’arrête.
Parfois, c’est moi qui sait.