Jeudi 27 novembre

Je suis épuisé.

Nous sommes fin novembre, j’en suis à ma quatrième heure de cours de la matinée – je hais les matinées de quatre heures de cours d’affilée – et j’accueille les quatrièmes sans énergie. Et, je l’avoue, avec un peu de tristesse.

« Bonjour les quatrièmes, asseyez-vous. »

C’est dit sans emphase, et, dans cette classe, c’est le genre de chose auxquelles les mômes sont sensibles. Habituellement, avec eux, je me fends d’une blague, d’une micro scène. Pas aujourd’hui, pas l’énergie. Un profond silence s’instaure presque aussitôt.

« Bon, je vais vous parler franchement, je suis en plein doute, sur cette mise en scène du Cid.
– …
– Je sens que le texte vous pèse, et je ne veux pas que cette activité soit désagréable et vous dégoûte du théâtre classique. Ce doit être votre projet, pas le délire de Monsieur Samovar. Donc, je vous propose qu’on arrête là. Il y aura des évaluations sous formes de scènes jouées pour les personnes qui veulent ou d’écrits…
– Mais euh, s’il y a plus de monde qui joue le rôle ? »

C’est Jebediah, qui n’ouvre pour ainsi dire jamais la bouche, qui vient de prendre la parole, sans la demander. À ses côtés, hochements de têtes vigoureux.

« Non, mais je ne veux vraiment pas vous forcer, il y a beaucoup de gens qui cherchent des excuses pour…
– Mais en vrai, moi je peux faire Rodrigue, hein. Attendez, regardez, si on fait ça… Vous permettez ? »

Louanne se lève, prend un marqueur et commence à annoter la liste écrite depuis hier sur le tableau.

« Regardez, si Noé fait Don Diègue, Aminata le Comte… La Comtesse du coup, et là… »

Dix minutes plus tard, les rôles sont répartis, tandis que je tente de comprendre ce qui est en train de se passer. Les Chimène parlent avec animation autour de l’un des îlots tandis que je m’approche pour reprendre la main.

« Donc, concernant la répartition du texte…
– Oui, on sait, Anaelle a moins de texte, mais la scène est compliquée.
– Attendez, vous vous êtes déjà réparti le texte ?
– Ben oui. Fallait pas ? »

C’est tellement tarte. Mais j’ai envie de m’asseoir. M’asseoir et regarder les ados que j’ai tellement mal lu, qui pardonne à leur prof et se démènent pour rattraper son erreur.

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