
Ça va être extrêmement prétentieux, mais jusque là, ça va.
La période du mois de novembre est notoirement compliquée, quand on enseigne dans le secondaire. Les nuits qui rallongent, la fatigue, la routine, et l’adolescence qui crève corps et esprits. Il ne se passe pas une journée sans que je lise des histoires d’horreur dans des rapports d’incident qui atterrissent avec une régularité folle sur Pronote.
Et de mon côté, c’est ok.
Tout n’est pas parfait, loin de là. Mais quand je vois les insultes auxquelles font face les collègues, les jets de projectiles, les lettres de menaces, les craquage, j’ai la sensation d’avancer au milieu d’un champ de mine en me demandant, un peu apeuré, quand viendra mon tour. Car il ne faut pas se leurrer, ce ne sont pas mes qualités d’enseignant qui permettent ce calme relatif. J’ai été cette année particulièrement bien loti quant à mes élèves, entre des classes de quatrièmes étonnamment matures et des cinquièmes que je connais pour moitié depuis l’année dernière. Si l’on ajoute à ça que l’essentiel de mes heures de cours a lieu en matinée, on arrive à cette bulle, totalement évanescente, mais dans laquelle je peux faire cours. Là où ça me demande de l’énergie, c’est de ne pas m’en étonner. De donner aux heures que nous passons ensemble des allures d’évidence. C’est très difficile à expliquer, mais toujours afficher une bonne humeur sereine, se montrer également enthousiaste quand j’aborde la vie de la fée Morgane et le conditionnel présent, ne jamais perdre patience devant des comportements gris et agressifs, ça demande une force immense. Et d’autant plus difficile à déployer que je sais qu’il suffira de rien, d’un truc totalement extérieur à ce que nous vivons en cours, pour tout foutre en l’air.
J’avance, comme tous mes collègues, sur une corde raide, qui pour le moment ne vacille pas. Ça demande de sacrés nerfs.
Je souhaite de tout mon cœur que rien ne vienne perturber votre parcours actuel.