
« Ma fille est contente, elle trouve que cette année, elle fait du vrai français.
– Je… ne sais pas trop que vous dire.
– Ah mais prenez le compliment, elle en est avare ! »
Je prends le compliment, en cette fin de rencontre parents-professeurs, donc. Je le soupèse avec circonspection. La mère qui me l’a transmis était en train de parler des cours de grammaire un peu retors auxquels je me suis attaqué récemment avec les quatrièmes. J’ai pris le parti, cette année, de ne pas passer trop de temps à réviser et d’attaquer directement le programme. Sensation que les élèves en ont ras-le-bol d’étudier le présent des verbes du troisième groupe pour la énième fois, même s’ils ne parviennent toujours pas à le conjuguer correctement.
Ça n’est ni pire, ni mieux que les autres années. Certains se retrouvent largués, d’autres suivent. Je me suis rapidement retrouvé à changer mon fusil d’épaule et individualiser. Mais Ophélie adore. Ophélie, je m’en suis rendu compte, apprécie quand c’est rugueux. Elle n’est jamais aussi attentive que lorsque je me débats dans un vers particulièrement retors de Racine ou que je m’éternise sur les figures de style. Le rêve d’Ophélie, c’est d’arriver en seconde et de se prendre le chou. Et cette année, je lui donne régulièrement un accès à cette étrange envie. « Du vrai français » : un truc laborieux, un truc où elle doit nager à contre-courant.
Je ne crois pas particulièrement au dolorisme dans l’apprentissage du français. Mais je ne crois pas non plus qu’il existe une modalité de s’y confronter. Ophélie aime être sur le ring, donner des coups et en recevoir. Et je suis content d’offrir cette possibilité à la boxeuse.