Lundi 12 janvier

Souvent, les quatrièmes ont envie de routine au mois de janvier. Ils aimeraient que chacun joue son rôle, eux faisant vaguement semblant de suivre, moi déblatérant mes délires sur les scènes de rencontres amoureuses. Ils ne comprennent pas – ils prennent même mal – que j’aie l’outrecuidance de leur demander leur avis, que je leur demande ce qu’ils pensent, bref, que je les force à mettre en mots des impressions, fussent-elles positives ou négatives.

C’est le syndrome de janvier, « Laissez-moi tranquille. » Ne plus s’intéresser à ce qui leur est étranger, ne plus laisser une chance à des mots qui leurs semblent un peu bizarres, à des pensées dans lesquelles ils ne se reconnaissent pas immédiatement.

C’est le syndrome de janvier, se replier sur soi-même. Parce que c’est l’hiver, qu’ils sont fatigués, que ça en coûte, de se poser des questions un peu tordues, et que ça sert à quoi, au fond ?

Dans ces moments-là, me reviennent toujours à l’esprit les mots d’une collègue de lycée : « On enseigne une drôle de matière, quand même. » Il y a longtemps que je ne tente plus de justifier cette drôle de matière. Je ne veux plus convaincre qu’elle est « utile », qu’elle est « importante ». Juste continuer, inlassablement, à leur montrer d’étranges façons de parler, de peindre le monde, d’en inventer d’autres. Jusqu’à ce que comme un bourgeon à travers la neige, leur curiosité s’éveille à nouveau.

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