Mardi 13 janvier

« Vous avez vraiment envie de savoir ? »

Mme G., la principale-adjointe, rehausse les épaules, mais avec beaucoup de lassitude. Je suis venue la voir pour m’enquérir de Ronaldo, un nouvel élève de cinquième, dont le nombre de difficultés d’apprentissages concurrencerait presque celui des griefs que la justice a envers Nicolas Sarkozy. Et bien entendu, absolument rien n’a été prévu pour l’accueillir correctement. Aucun aménagement, pas d’adulte en renfort, rien.
Je suis venu me renseigner sur son parcours. Et Mme G. m’avertit, avant de m’expliquer à mots couverts, des mots qui me protègent davantage moi que Ronaldo, ce qui lui est arrivé. Et je me sens pâlir. Encore un. Encore un enfant qui aurait tellement besoin d’être choyé, d’être soigné, avant de débarquer en plein milieu d’année en classe de cinquième pendant qu’on parle de fabliaux du Moyen-Âge. Je vais encore me pointer avec chiffonnette en espérant que les histoires de Renart et d’Ysengrin le feront un peu rigoler. Des histoires qu’il aura fallu réécrire, puis raconter à haute voix pour qu’il y accède.

Accueillir les blessés, les perdus, accueillir la misère du monde. Depuis deux ans, le principal demande à ce que l’on cesse les inscriptions dans ce collège REP dont les murs craquent. Dont les salles se gonflent de tous ces petits destins déjà ébréchés. Jusqu’à quand ?

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