Jeudi 22 janvier

Aujourd’hui, la quatrième Blizzaroi est dévastée par une épidémie de grippe, qui en a retenu six au lit, et cinq autres ont séché l’évaluation. Autant dire que je suis moyennement content. Les élèves qui sont là me regardent, mi-désolés, mi-dégoûtés, surtout que je suis leur seule heure de cours de l’après-midi, et qu’ils se sont carrés une heure de permanence pour assister à mon cours.

Alors, je leur offre l’heure.

Je vais chercher le chariot multimédia et, pendant cinquante-cinq minutes, ils travaillent sur leur nouvelle policière, à vitesse très réduite, et en discutant entre eux et avec moi. On parle d’étymologie, de memes, du brevet, de ce qui les attend après le collège. Je ne culpabilise absolument pas. Leurs traits creusés – et les miens, probablement – s’apaisent un peu, tandis que, petit à petit, les bavardages s’étiolent dans le cliquetis des touches. Quelques-uns me demandent comment fonctionne le dictionnaire en ligne, d’autres consultent la vision aérienne de Besançon, où se passe leur histoire (ne me demandez pas pourquoi).

« On travaille bien quand on est pas beaucoup, en vrai. » lance Ilona, qui en est déjà à sept pages de son manuscrit. Elle adore écrire et n’a pas d’ordinateur à la maison. « Genre dans le calme. »

C’est à ça qu’ils ont le droit, pendant ces quelques minutes qui auraient pu être un peu nulles. Du calme. Des mots. Je les imagine presque avec un mug de thé. Dans le gris de l’hiver, on a fait un peu de chaleur.

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