Samedi 24 janvier

Je ne sais pas pourquoi, mais le dessin de ce cochon d’Inde me fait hurler de rire. J’ai demandé aux cinquièmes de créer un animal siégeant à la cour du roi Noble, dans le Roman de Renart, et Alita a opté pour Gontran le Cochon d’Inde, prétentieux et stupide. Elle est allé jusqu’à le représenter, donc, avec une tronche qui fait que je ne peux pas m’arrêter de me marrer. Face à elle, Oriane me regarde, l’air interloqué. Oriane que j’ai comme élève depuis l’année dernière.

« C’est la première fois que je vous entends rire, monsieur. »

Alita hausse les épaules.

« Tu racontes quoi, il rigole tout le temps, le prof.
– Oui je sais, je sais mais… Je sais pas, c’est la première fois que je l’entends rire. »

Elle hausse les épaules face à l’incrédulité de sa copine. Je pense que je comprends ce qu’elle veut dire. C’est peut-être la première fois qu’elle m’entend rire en tant que personne, et non que prof. Je suis allé si loin dans mon masque, que même un truc aussi simple qu’un éclat de rire a une tonalité un peu différente, quand je suis en classe. Là, c’est l’hilarité que je réserve à mes amis, aux soirées joyeuses, à ma vie privée. Oriane continue à m’observer, mi-intriguée, mi-amusée, à regarder cet étranger qui d’un coup a fait irruption dans la classe. Nous restons de tels secrets.

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