
Nous sommes lundi matin, et, encore une fois, le chauffage ne fonctionne pas dans ma salle. On reste engoncés dans nos doudounes, couvertures de sécurité, en attendant que la chaleur humaine finisse par faire son oeuvre. Pas évident, alors que je suis en demi-groupe avec des cinquièmes, encore perdus dans le sommeil trop court, toujours trop court, du dimanche soir.
Aujourd’hui, nous étudions un extrait du Roman de Renart, dans lequel il fait froid, on pourrait « danser la ronde » sur un lac gelé. Je suis en train de dessiner maladroitement Ysengrin le loup, la queue prise dans de la glace, pour leur expliquer ce qui lui arrive dans cette histoire, lorsque je vois Tanith, les yeux fixés sur la fenêtre, en train de désigner quelque chose à sa voisine.
« Qu’est-ce qu’il y a Tanith ?
– Non rien…
– Dites-moi, je ne vais pas me fâcher.
– Le ciel, il est tout rose. »
Elle a raison. Il y a au-dessus des tours comme une éclosion de couleurs, d’immenses pétales qui se déploient, les couleurs toujours changeantes. Je reste quelques instants muets.
« On dirait des aurores boréales que j’ai vues à Perros-Guirrec, chuchote Aminata. »
Doucement nous retournons au texte. Étrangement, on parlera peu du tour du goupil et de la queue coupée d’Ysengrin. On parle surtout des étoiles qui brillent dans le ciel et de l’eau gelé comme du cristal. Juste parce qu’on a envie de rester dans du beau.