Mercredi 28 janvier

Ma salle de classe est désormais remplie de chaises bariolées. J’ai arpenté tout le bahut pour remplacer celles qui, dans ma classe, étaient littéralement en train de se casser en deux, après quelque chose comme trente ans de bons et loyaux services. J’ai des amis plus jeunes que le mobilier de ma salle.

En ce moment, j’ai l’impression que tout mon boulot consiste en ça : remplacer n’importe comment des parties essentielles du système scolaire. Offrir un espace à Yoël, qui, fortement handicapé à plusieurs niveaux, ne dispose pour le moment d’aucun accompagnement. Réussir à donner un peu, un tout petit peu de compétences d’écriture à Natalie qui, l’année prochaine, entrera en quatrième et ne comprend absolument pas ce qu’elle lit, préférant d’un coup se lever pour aller regarder par la fenêtre ou insulter aléatoirement un élève qui a eu le malheur de regarder son cartable. Acheter une trousse de secours, pour tous les élèves qui passent par mon cours et dont les fournitures se réduisent à un stylo quatre couleurs avec une mine cassée et deux vides, ainsi qu’une petite feuille de papier arrachée d’un cahier de brouillon.

Je fais littéralement cours, ainsi que mes collègues, de bric et de broc. Et donner l’impression que tout est normal, tout se passe bien, « all according to plan ».

La drag queen Manila Luzon disait que pour faire son métier, il est nécessaire d’être capable de se convaincre qu’on est la plus belle du monde, alors que l’on porte du papier crépon et de l’aluminum en guise de plus belle robe du monde. Je pense comprendre ce qu’elle peut ressentir.

Hélas.

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