
Yonas me lance un regard noir. Comme tous les jours depuis une semaine. Depuis la sixième, avec Yonas, c’était joyeux. Il adorait le français, les textes que je faisais découvrir à ses classes, et les exercices que je proposais. Souvent, quand il avait terminé un exercice, il venait me parler du dernier film qu’il avait vu ou du dernier jeu auquel il avait joué.
Très tard.
Ça a commencé à me chatouiller. À me grattouiller. Puis à carrément m’alerter. Quand je le voyais, cernes sous les yeux, tête dans les mains. Quand je constatais les crises de colère qu’il piquait. Alors j’ai fini par prévenir l’assistante sociale, les parents ont été convoqués.
Et depuis, Yonas me déteste.
Il n’apporte plus son cahier ni son matériel. Détourne ostensiblement la tête quand je m’approche, refuse tout exercice.
Je me récite en mantra que j’ai bien fait. Que je ne pouvais rester sans agir. Je me psalmodie que j’ai eu raison, et que ça n’est que passager. Qu’il va se remettre à bosser.
Et s’il ne s’y remettait jamais ?
Yonas me déteste. J’espère de tout mon coeur que cet échange que j’ai fait, confiance contre alarme, lui sera bénéfique. Parce qu’avoir un trou dans la poitrine face à un môme, on s’en remet.
Mais lui faire du mal, non.