Mercredi 11 février

L. et moi avons enseigné à quelques rues d’écart au début de nos carrières respectives, à Evry. L. et moi ne pourrions pas être plus dissemblables dans nos façons d’enseigner. Elle est d’une organisation sans failles, rigoureuse et intransigeante. Je suis bordélique, pars dans tous les sens, et d’après les mômes, beaucoup trop gentils.

Et nos contrastes maintiennent la classe de cinquième dont elle est prof principale.

« Mme V. c’est notre mère et vous notre père ! » a lancé l’autre jour Alwen, qui ne grandit pas depuis la sixième, mais dont la mue est quasiment achevée. Les autres ont acquiescé d’instinct. Ils me racontent ce qu’ils font en cours d’anglais, L. sait qu’en français, nous étudions Le malade imaginaire. Nous ne cherchons même pas à communiquer plus que cela ; les mômes sont le relai l’un de l’autre. Comme si, par un hasard totalement incongru, nos deux pôles stabilisaient leur boussole.

L’autre jour, L. m’a ramené un élève qu’elle avait retenu pour un entretien à la fin de son cours. Stupéfaction des gosses. « Mais on est en cours de français, là ! » Il y a des frontières à respecter absolument.

Deux collègues un peu parallèles, paumés dans la galaxie TZR. Perdus dans leur boulot, ballottés de classes en demi-groupes.

Et pourtant cette année, nous bâtissons un socle.

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