Mardi 24 février

Discussion avec E., qui commence un nouveau boulot. Il me confie ses deux difficultés principales : le fait de passer l’intégralité de sa journée de travail avec ses collègues, et l’ennui, lorsqu’à des périodes extrêmement intenses, succèdent des moments de calme.

« Et toi, comment fais-tu ? »

Je me retrouve dans l’incapacité de lui répondre. Je ne fais pas. Les moments de calme, lorsqu’il y en a, me servent soit à tenter de récupérer les vagues d’énergie déployées pendant les cours, soit à tenter de maîtriser tout l’administratif que recouvre la profession et dans lequel je reste terriblement mauvais. Quant à la coexistence avec les collègues…

« Il y a une étrange solitude, dans ce travail. »

E. ne juge pas, il écoute. Et je lui présente cette partie qu’on tous les enseignants, tous les personnels d’éducation, sans doute, et qui reste isolée, lorsque les cours se déroulent. Si proximité il y a avec nos élèves, elle restera toujours corsetée par notre éthique professionnelle, notre mission. Et c’est une bonne chose, nous n’avons pas à « déborder » sur ces enfants. Nous sommes les responsables, celleux qui, sans avoir toutes les réponses, apportent une vision cohérente et stable des sujets qu’ils abordent. Être rassurants par nos connaissances, les mots que nous choisissons, notre attitude.

Et notre doute restera isolé, jusqu’à la récréation et la salle des personnels. Face à des centaines d’élèves vus quotidiennement, nous sommes sursollicités et isolés. J’ai appris à accepter, à aimer aussi, parfois, ce paradoxe. Et en écoutant E., en me rappelant mes expériences professionnelles passées, je me rends désormais compte de ce qu’il a d’unique.

Laisser un commentaire