
Ces dernières semaines, j’ai lu une grande partie de l’œuvre d’Hervé Guibert, pour me préparer à un rôle que je jouerai au mois de mai. Et, toute vanité bue, je commence à bien connaître son œuvre, son style, les respirations de sa pensée. Une forme d’expertise. La pensée me traverse l’esprit que si j’avais passé ce temps à lire des bouquins de théorie pédagogique ou de la littérature au programme du collège, c’est dans mon boulot que j’aurais gagné cette expertise. Est-ce que je devrais culpabiliser ?
Je l’ignore. Depuis que je suis enseignant, ma vie tient dans ce délicat équilibre : consacrer du temps à mon boulot mais aussi à ce que j’appelle prétentieusement ma « liberté intellectuelle ». Trop me rapprocher ou m’éloigner d’un de ces pôles m’angoisse, me fait me sentir aliéné ou beaucoup trop éloigné.
Lorsque je bossais dans le privé, cette question ne se posait jamais. Les journées, aussi compliquées qu’elles puissent être, me recrachaient, libre d’être qui je voulais, jusqu’au lendemain. En tant qu’intermittent, vie professionnelle et privée se confondaient en une seule. Depuis dix-neuf ans, je ne cesse de maintenir ce numéro de funambule.
Je m’ébroue. Les vacances sont quasiment finies. Cette pensée disparaîtra rapidement devant l’urgence qui, toujours, s’impose quand on enseigne. Il n’en reste pas moins que je suis heureux d’avoir eu, entre les pages, le temps de penser.