Lundi 2 mars

Retrouvailles avec les élèves. Et à nouveau cette impression d’avoir à peine effleuré la commande « pause » d’une vidéo. Ils ne se racontent pas leurs vacances – beaucoup ne sont pas partis – mais ont repris leur rôle, quelques marques de fatigue en moins, ou en plus en ce mois de ramadan.

C’est davantage les adultes qui donnent l’impression de ne pas s’être échauffés. Nous tentons de remettre le pied à l’étrier ; de nous rappeler quels mots, quelles attitudes utiliser. Je me montre plus rigoureux qu’à l’accoutumée, plus cadrants. Repartir avec des bornes et des frontières plus délimitées, quitte à les assouplir ensuite. Est-ce que je le fais pour eux, ou pour moi ? Difficile à dire. Les élèves que je suis depuis un an et demi sont à nouveaux prêts. Après tout ce temps passé ensemble, nous avons développé des réflexes. Ils me laissent un peu de temps pour atterrir, ils savent. Je leur suis reconnaissant, et repense à cette classe de CHAM, à Grigny, dont j’avais été le professeur de français et le professeur principal pendant trois ans. Encore aujourd’hui, j’ignore si ça avait été une erreur ou un privilège.

De toutes façons, tout cela est passé. Si je retiens quelque chose de ces années, c’est de ne pas suranalyser le passé, balancé en vrac aux ordures par ces mômes, qui ont faim de maintenant. Ce qui compte ce sont les journées qui se déploient tandis que j’appuie sur les touches du clavier. Dès demain, elles ne seront plus que feuilles d’archives périmées, la nostalgie d’un vieux prof de français. C’est pour ça aussi que j’écris au jour le jour. Le présent, leur unique blason.

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