Samedi 7 mars

J’ai énormément de mal à décolérer de ce qui est arrivé vendredi. Dans le cadre de la Journée Internationale des Droits de la Femme, des représentants de la Ligue des Droits Humains proposent des interventions auprès des classes de quatrième. Le premier atelier se déroule en non-mixité. J’encadre donc les garçons de la classe dont je suis prof principal, ainsi que ceux d’une autre quatrième.

J’ignore à quel jeu bizarre se livre la Providence, mais, dès que l’occasion se présente, je me retrouve à devoir m’occuper de mômes que j’avais l’année dernière en cinquième, et avec lesquels mes rapports étaient, pour rester très euphémistique, assez conflictuels. Cette intervention ne fait pas exception, je me retrouve donc nez à nez avec des mômes dont je ne suis plus le prof et qui, en me voyant, me lancent un regard peu amène (à nouveau, bel euphémisme).

Mais ça n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, c’est que pendant une heure trente, ces mômes vont se comporter comme les clichés les plus cauchemardesque de l’adolescence masculine. Entre les obscénités écrites dans les questionnaires distribués pour faire rire les copains, les conflits et les insultes entre les deux classes et les jeu de domination, je me retrouve à observer, ahuri, des êtres humains avec qui j’ai cru, pendant une année, parler de sujets forts, et importants. Les intervenants, pour beaucoup débutants dans l’activité, me regardent médusés.

Et que croyez-vous donc que je finisse par faire ?

Je me retrouve à hausser le ton. À prendre ma grosse voix. À montrer que le mâle alpha, ici, c’est moi. J’obtiens le silence et une immense sensation de nullité.

Bien sûr. Bien sûr que ce sont des adolescents, que ça avait des risques d’arriver. Mais le silence absolu qui suit mon engueulade me paraît pire que mes heures de cours les plus chaotiques. Ils m’ont démontré qu’ils ont raison. Que je suis infiniment plus respecté quand je gueule en voix de basse que quand je m’émeus en alto.

Alors ce soir, par pur esprit de revanche, je glisse un eyeliner dans mon sac. Quand il a été question de maquillage, les mômes ont gueulé que c’était juste crée pour cacher les traits des filles, qui sont moches. C’est totalement puérile, je le sais.
Mais bon, j’arriverai plus tôt, histoire que le trait ne tremble pas sur les muqueuses de l’œil.

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