
Je remets les tables de ma salle en rangées. Depuis le début de l’année, je les avais placées en îlots. C’est marrant, l’expérience. Il y a quelques années, j’aurais pris cela comme un échec. Remettre la « classe en autobus ». Aujourd’hui, j’espère juste ne pas réussir, avec mon habileté légendaire, à me prendre un table sur le pied.
Mais un échec ?
Actuellement, c’est ce dont trois de mes quatre classes ont besoin. Qu’ils ne parviennent plus à bosser efficacement en groupe, que la détestation qu’ils se portent mutuellement nécessitent un temps loin de la communauté ou que le travail que je fais effectuer ces prochaines semaines nécessite davantage de face à face, il ne serait tout simplement pas logique de conserver cette configuration par défaut. Et il est hors de question qu’un orgueil mal placé nuise à l’intérêt des mômes. Les tables ne sont que des tables, et très longtemps, je me suis accroché à des catéchismes. Être rigoureux, pas trop rigoureux. Enseigner en frontal, en groupe, en individualisé. Évaluer en compétences ou en notes, par les pairs ou « au fil de l’eau. »
L’enseignement est un flux, on tend l’oreille à ce que les classes nous murmurent ou nous hurlent. Et on s’adapte.
On s’adapte, et ça nécessite, en plus de bosser, de se faire confiance.
Et de bien s’aimer.