
Je connais Georg depuis l’année dernière. Et chaque cours a été systématiquement le même avec lui.
« Il faut aller un peu plus loin dans le travail.
– Mais j’ai bien répondu !
– C’est incomplet / Vous pouvez approfondir / Vous avez lu trop vite.
– Mais euh ! De toutes façons monsieur, moi je suis plus maths et sciences, hein. »
À chaque fois. Mais pour une raison qui m’échappe, cette attitude ne m’a pas exaspéré. J’ai continué, heure après heure, à lui demander une ligne de plus. À lui faire lire un livre supplémentaire. À aller le chercher dans sa participation orale. Sans jamais m’énerver. Parce que j’avais une intuition. Juste ça, une intuition. Que j’étais à quelques centimètres de quelque chose d’important. Qu’il ne fallait pas arrêter de creuser.
Cette fois-ci j’ai eu raison.
C’est arrivé en l’espace de quelques semaines. Le regard qui s’affûte, et les épaules qui se redressent. C’est souvent ce qui fait la différence entre les lycéens et les collégiens. La posture. Il ne lève pas forcément plus la main. Mais ça se voit, il écoute. Il essaye. Il comprend. Il comprend ce qu’il fait là. À prendre davantage de temps à rédiger, à me poser, de temps en temps, une question discrète mais précise.
Ça ne sera jamais un élève avec lequel j’aurais énormément d’affinités. Et je ne pense pas être le prof de sa vie d’élève. Mais, obstacle après obstacle, on a chacun fait notre chemin. Je l’ai guidé, il a avancé. Franchement, j’ignore ce que je pouvais espérer de mieux.