
Parfois, il y a des élections.
J’enseigne depuis trois ans l’histoire de Parizade, jeune princesse des Mille et Une Nuits, sauvant ses frères d’une malédictions. Parce que les cinquièmes apprécient ce conte, que je l’ai trouvé dans un manuel assez chouette, et qu’il y a plein d’approches possibles.
Mais jusqu’alors, il n’y avait jamais eu un tel engouement.
Je n’ai pas l’impression d’avoir changé quoi que ce soit, cette année, dans ma séquence. Et pourtant, les mômes ont les yeux qui brillent. Ils s’indignent devant la cruauté du sultan, enfermant sa femme dans une mosquée. Ils se regardent incrédule quand le frère aîné, qu’ils prenaient pour le protagoniste, finit changé en pierre. Ils débattent passionnément.
« Mais c’est pas parce que c’est une fille qu’elle peut pas être l’héroïne !
– Je dis pas ça ! Je dis qu’elle est la plus petite, c’est bizarre ! Hein, c’est bizarre, monsieur ?
– Moi je dis, c’est la faute du derviche ! Je suis sûr que c’est le méchant, comme celui dans Aladdin !
– Wesh (« On dit pas wesh ») dans Aladdin c’est un vijir, pas un derviche !
– Un vi-zir ! »
Ils vivent dans leur conte, l’espace de quelques heures. Et moi, je suis heureux.