Jeudi 26 mars

Ça faisait longtemps que j’avais pas débrouillé comme ça. Faut dire qu’Alima sait comment appuyer sur les bons boutons.

Depuis le début de l’année, cette grande môme de cinquième se pointe régulièrement sans ses affaires et encore plus régulièrement en retard. Elle est agressive avec ses potes et les adultes. Clairement Alima ne va pas bien.

Mais ça, c’est mon boulot. De comprendre les élèves et de les aider à retrouver un chemin.

Alima a compris à quel point ça m’importe, je crois. Et de cours en cours, elle me laisse m’épuiser à lui expliquer, à lui faire comprendre l’intérêt du cours. Elle m’observe lui préparer une trousse avec des stylos en plus, un cahier de secours. Elle me chuchote qu’elle a des « problèmes personnels ».

Et l’instant d’après, elle est retournée, insultant Nouria, ou cassant les affaires de Lelio.

Instinctivement, Alima sait taper où ça fait mal. Et un jour, je n’ai plus la place. Alors qu’elle balance une nouvelle saloperie, ou qu’elle déchire les fournitures que je lui ai passées. Je hausse le ton, je ne sais pas hausser le ton. Elle me réplique que je ne devrais pas faire ça, que je suis méchant. Puis elle se lève et quitte le cours.

Me laissant comme un con, honteux de m’être fait ainsi embobiner. Alors je sais. Je sais qu’Alima reste une enfant triste, perdue et que je n’ai pas encore trouvé la clé.

Il y a juste des jours où je n’ai pas la place.

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