
Pour cette dernière séance d’étude de roman, je passe pas mal de temps à étudier les symboles, avec les élèves de quatrième. Beaucoup me regardent avec méfiance, tandis que je leur explique que cette fleur plantée par l’héroïne là où le premier chapitre avait commencé est importante. Et puis, viens l’inévitable question :
« Mais à quoi ça sert ?
– Ça permet de… voir plus de choses.
– Comment ça. »
Je m’appuie sur le dossier de la chaise, devant moi.
« Quand j’étais petit, mes parents m’ont montré un très long film. 2001, Odyssée de l’espace. Je me suis ennuyé. Mais ennuyé ! Une horreur. J’ai cru que ça ne finirait jamais. Et des années plus tard, je l’ai revu. J’avais étudié le français, ça m’avait plu. J’avais commencé à essayer de comprendre l’implicite, les symboles… J’ai adoré. J’ai eu l’impression que ça passait en un instant.
– Mais comment c’est possible ?
– C’est dur à expliquer. Mais croyez-moi, c’est comme si on avait l’impression de voir tout une partie du monde qui était cachée. Je vous promets que c’est vrai. »
Kelya sourit. Kelya peut être très dure avec ses camarades, et en opposition avec ses profs. L’année dernière, nous nous sommes fait la guerre. Beaucoup moins depuis septembre dernier.
« En fait, monsieur, vous voulez nous dire que la phrase « Vous verrez quand vous serez plus grands. » elle est vraie. »
Je pense que oui. Ils verront.