Et le dimanche, on s’évade !
Avec un son de Gorillaz et Tame Impala, une sacrée belle rencontre !
Et le dimanche, on s’évade !
Avec un son de Gorillaz et Tame Impala, une sacrée belle rencontre !

J’ai publié, sur les espaces de communication avec mes classes, la nouvelle de mon retour. Non pas que je m’attende à être accueilli avec un tapis rouge et une parade à dos de lama (quoi que), mais ne serait-ce que pour espérer avoir, doux rêveur que je suis, la moitié de mes élèves apportant leur cahier lundi.
Il est possible de savoir qui a lu la nouvelle, à condition que son destinataire coche la case prévue à cet effet. Deux heures plus tard, la moitié de la classe de quatrième dont je suis prof principal est au courant – j’ai même reçu des messages me demandant s’il y a des choses à préparer pour lundi – et pas un seul cinquième n’a validé le fameux accusé de réception.
Retour à la réalité. Se souvenir que c’est cela aussi, ce boulot, le grand écart perpétuel entre les classes, les gamins, leurs réalités si diverses. Se souvenir qu’il va falloir être très, très agile.

Retour au boulot, dans ce qu’il a de plus concret : je reprends mes notes, mes tableaux, mes textes. Qui, comme à chaque début de période, sont bien trop ambitieux. Il y a longtemps que j’ai cessé de culpabiliser là-dessus. Ça n’est pas plus mal d’arriver avec trop de bagages, dans une classe. Certes, on n’aura pas le temps de visiter tout le décor que j’ai mis en place, les recoins que j’ai passé trois heures à bricoler, alors que j’aurais dû les consacrer à peaufiner ce cours de grammaire.
Mais ça n’est pas grave. J’ai aussi appris à assumer ce côté bordélique. Mon cours, c’est une maison aux miroirs, dans laquelle j’ai envie de laisser les mômes déambuler, toucher les tableaux et les attractions, tant pis s’il faut les réparer après.
Retour au boulot après un mois quasiment d’absence, comme réapprendre à marcher. Les muscles tirent, j’ai l’impression d’avoir tant oublié. Je vais réapprendre. Et c’est parfait ainsi.
Que ce jour ne soit pas forcément un commencement. Parce que ça peut être inquiétant.
Mais qu’il soit celui où il est permis de tout espérer.

En ce dernier jour de l’année, je choisis de conclure en prenant des forces. Je pars à un endroit qui n’a jamais fait que m’en donner, infiniement.
À énormément d’égards, 2025 a été une année de transformations profondes, immenses mais discrètes.
Alors je prends une profonde inspiration, avec ces nouveaux poumons.

Discussion aujourd’hui autour d’un café. J’évoque les années où, avec Monsieur Vivi, nous écrivions des comédies musicales originales pour les élèves de CHAM. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quelques enregistrements et des partitions.
C’est peut-être ce qui me manque, désormais que je suis un prof aux semelles de vent. Le fait de pouvoir créer, vraiment, de grands projets un peu fous. À moins que ce ne soit qu’une excuse, que quelque chose se soit un peu épuisé, pour que je ne parvienne pas à remobiliser cette étincelle. Et puis, tout simplement, ça ne se fait pas tout seul. Faut tout un tas de miracles.
Mais pendant que je trace ces mots dans l’air de la pièce occupée par les clients, il n’y a pas l’ombre d’un regret. Juste une envie. Une envie que ça recommence.

En train de regarder des extraits de la série Mercredi, hyper populaire chez beaucoup de mes élèves, et que, en tant que gamins des années 90, bercé par les deux films, j’ai eu envie d’aimer.
Je n’y arrive pas.
Je crois que ce qui me gène dans cette série, est qu’elle ne gratte pas. Qu’elle ne gratte pas comme les deux films grattaient. Cette famille de marginaux – terme que la série ne cesse de brandir comme un totem – dérangeait le monde dans lequel elle vivait, et ne s’en excusait jamais. Au contraire, c’était le monde extérieur qui était vu comme insuffisant, pour les dingueries de Mercredi et Pugsley, ou l’amour totalement baroque de Morticia et Gomez. Dans la série, les marginaux en question évoluent dans un monde qui a été fait pour eux, dont ils ne sortent jamais. Et dans lequel se rejoue le théâtre d’une méritocratie où ce sont celles et ceux qui ont les pouvoirs les plus puissants qui gagnent.
C’est sans doute que je suis adulte désormais, mais ces valeurs me gênent. J’aimerais montrer à mes élèves qu’ils peuvent être des Addams des 90’s. Exister sans jamais avoir à s’excuser, exister, sûr et heureux de ses valeurs, face à une réalité qui sera toujours trop petite, trop décevante. J’aimerais tant montrer que, tout simplement, comme l’affirme Morticia, « nous sommes les Addams ».
Et le dimanche, on s’évade !
Back to the classics !

Soirée jeu de rôles avec des amis : on passe un excellent moment, ça faisait longtemps que l’univers que nous nous racontons n’avait pas eu tant de corps, que chacun n’avait pas apporté autant à la fresque que nous composons ensemble. Et dans les paroles qui font surgir guivres et tarasques, je réentends l’écho du prof que je suis.
Je ne cesserai jamais de rattacher mon travail à cette activité de maître de jeu : déployer tout ce que je peux de préparation, de création, d’ingéniosité pour que, à travers ce que je leur raconte, élèves comme joueurs fasse le leur cette réalité que je leur projette. Qu’ils accèdent à leur autonomie. Une autonomie pleine de trous, dans laquelle ils se prennent encore parfois les pieds. Mais que même ces erreurs, que ce soit se planter encore une fois sur les terminaisons du passé simple ou trébucher sur une trappe secrète, les fasse rire.

Retour à la maison après les fêtes. Subtilement, et après presque un mois hors du boulot, quelque chose s’est remis en marche. Ce que j’appelle fréquemment « tâche de fond ». Dans mon esprit, à bas bruit, ça s’interroge à nouveau, sans que j’en sois totalement conscient. Quel sera le premier cours de l’année 2026, la disposition des tables, les blagues à sortir quand les élèves commenteront mon absence…
Et la fatigue, sourde, qui va avec cette tâche. Avec laquelle tout prof apprend à vivre.