
J’en veux beaucoup à mes élèves aujourd’hui. Parce qu’aujourd’hui, comme souvent en ce moment, ils trichent, transigent, négocient et mentent. Ils se dénoncent mutuellement, se vannent et refusent de bosser.
Bref, ils se comportent comme des adolescents, fatigués par une période de travail trop intense au coeur de l’hiver.
Comme la très grande majorité de mes collègues, je le sais, le vis au quotidien, et ai appris à le gérer plus ou moins correctement.
Ce qui ne veut pas dire que ça ne m’affecte pas. Je ne le leur dirai jamais en ces termes, mais j’aimerais qu’ils cessent d’être laids. Pas laids physiquement, bien entendu, laids dans leurs comportements. De cette laideur tellement banale, tellement habituelle, dans laquelle je me complais aussi. Rester égoïste, focalisé sur son propre intérêt et sur une joie mauvaise à voir les autres dans la merde. Ils expérimentent cette manière d’être, c’est on ne peut plus normal, et je m’emploie très fort à ce qu’elle ne leur devienne pas naturelle. Mais c’est épuisant.
Je m’en suis rendu compte hier, alors que je jouais avec M. Le simple fait de réussir à coopérer pour réussir des tâches, même dans un truc aussi bête qu’un jeu vidéo, m’a fait un bien fou. Un tout petit peu d’harmonie. De joie.
Étrangement, réussir à me l’exprimer m’aide à tenir. Les élèves qui nous sont confiés sont des êtres humains. Avec tout ce que ça implique de merveilleux et de terrible. Parfois, on aimerait qu’ils soient tels qu’on se les imagines : des infinis permanents de potentiel et d’espoir en l’humanité. Mais c’est à mon sens nécessaire de ne pas leur mettre cette responsabilité sur les épaules. Ils sont comme nous tous, géniaux et décevants. Ils marchent avec nous, dans toutes leurs contradictions. Et parfois, le chemin est boueux.
Foutues intempéries du mois de février.