Depuis que je me suis bêtement dis que j’aimerais bien, désormais, enseigner à des élèves un peu plus âgé, le sort s’est ingénié à me refourguer les élèves les plus jeunes possibles : je suis à nouveau, cette année, professeur de sixièmes. Et pas seulement professeur de français : la fonction de professeur principal m’est également échu.
Je me retrouve donc, en cette matinée grisouillante, à accueillir les vingt-quatre pokémons qui constitueront l’effectif de la Sixième Laporeille, et qui posent sur le collège, les adultes, et le monde en particulier, un regard à la fois terrifié et émerveillé.
Je ne devrais pas le dire, mais j’adore les sixièmes : parce que ça en met partout, que ça se prend les pieds dans les cartables, dans le vouvoiement qu’il faut désormais adresser aux adultes, dans les cases de l’emploi du temps. C’est crevant mais j’y trouve un réconfort que je ne m’explique pas.
Ce qui est beaucoup moins réconfortant, en revanche, c’est de les assommer, comme à chaque rentrée, sous un déluge administratif qui me donnerait, à presque quarante ans, envie de m’évader par la fenêtre au bout de dix-huit minutes. Je tente donc de rendre le truc plus digeste en y intégrant la visite du collège – on dirait qu’ils découvrent la tombe de Toutankhamon – un questionnaire que j’espère un peu rigolo sur ce qu’ils ont compris du collège et un ou deux petits jeux d’oral. Mais forcément, les paupières finissent par s’alourdir quelque part entre le formulaire sur la demi-pension et le coupon d’inscription à devoirs faits. J’en suis moi-même à étouffer poliment quelques bâillements.
Heureusement, je retrouve les mêmes mômes l’après-midi et on commence véritablement les cours. À ce stade ce sont encore des silhouettes. Des esquisses. Mais qui commencent déjà à se matérialiser. Les façons de sourire, de vouloir prendre la parole ou de se mettre en retrait. Le matériel, rangé au carré dans le sac à dos ou fourré à la va-vite. Le langage.
Partir à la rencontre de ces personnes. Ça reste un sacré privilège.
Après quinze années passées au service de l’Éducation Nationale, on pourrait croire que plus rien ne pourrait m’étonner lors d’une rentrée des enseignants, aussi nommée pré-rentrée dans les médias.
Grave erreur.
Après un périple d’une quarantaine de minutes me voici arrivée au collège d’Alrest, qui se situe au beau milieu de… ben rien du tout. L’un des villages les plus neutres de mes pérégrinations de prof remplaçant. Une petite rue bitumée depuis peu longe un établissement scolaire semblable à tant d’autres, avec ses fenêtres carrées et ses blocs de mosaïque grise. Je descends de la voiture, et jette un regard circonspect sur le bâtiment. Le même que portent pas mal de gens arrivés en même temps que moi. J’apprendrai un peu plus tard que nous sommes nombreux à débarquer ici pour la première fois : la moitié du cheptel enseignant.
Nous traversons un long couloir avant de débouler dans une petite cours.
“Vous pouvez refaire l’entrée ?” me demande un type, une grosse caméra et un micro en moumoute à l’épaule.
Il se trouve que la télévision régionale suit l’entrée en fonction d’un nouveau collègue dans le bahut. Et il nous est demandé de rejouer notre première rencontre. Un peu vexé que ce ne soit pas la télé nationale, et surtout qu’on ne s’intéresse pas à moi, je refuse. Le journaliste grogne un peu, mais prends plein d’images chouettes de profs buvant le café, de profs se disant bonjour, de profs faisant connaissance, avec bonheur et aussi un peu de circonspection.
Alrest, petit bahut de 230 élèves, dans lequel il y a beaucoup – beaucoup – de projets et des salles de classes gigantesques. Elle font deux fois celles d’Hoshido pour presque moitié moins d’élèves. Je découvre “la mienne”. Un rectangle bien rangé, presque entièrement vide. À remplir de rencontres avec les élèves, les collègues, d’échecs et de succès.
Pour le reste, c’est comme à chaque fois, de ce côté là au moins, je ne suis pas pris de cours. Les réunions où l’on parle un peu trop longtemps de sujets essentiels, toujours les mêmes, quel que soit l’établissement, et que l’on croit pourtant uniques. Des élèves invoqués dans des paroles d’adultes, que l’on finit par crever de rencontrer, histoire de savoir s’ils sont vraiment comme ci, vraiment comme ça…
Hey ! Vous allez bien ? À quoi ont ressemblé ces mois d’été ?
Voilà quelques jours que je redeviens Monsieur Samovar. Comme tous les ans, ma persona de prof s’est remise à émerger, un peu comme une créature lovecraftienne, des profondeurs. Et j’ai recommencé à réfléchir davantage à mes progressions annuelles qu’à ma prochaine lecture, moins à comment battre ce boss optionnel de mon jeu vidéo d’été (Xenoblade 3, je vous conseille), et davantage comment établir un programme de boulot efficace.
Elle n’est pas toujours simple, cette cohabitation. Parfois, j’envie le côté organisé de Monsieur Samovar, à d’autres moments, j’aimerais avoir l’insouciance d’H. La rentrée, ce moment où les fragments se réagencent.
Heureusement, le métier de prof laisse peu de place à la dolence. Dès demain, il faudra repartir en scène. À nouveau découvrir les murs que l’on occupera durant dix mois, à nouveau déchiffrer des visages. Découvrir la géographie humaine de cette terra incognita qu’est une nouvelle affectation.
Et se demander, aussi, quel prof on sera, cette année. Mon arrivée en Bretagne m’a fait cette surprise : dans chaque établissement, j’ai eu, bien entendu, des expériences différentes, mais j’ai également été des personnes différentes. Le prof de lycée de Gallia n’avait pas grand-chose à voir avec celui qui enseignait au collège Hoshido. Demain, au collège d’Alrest, j’ai hâte de découvrir celui que je serai. C’est très narcissique, mais passionnant.
Redevenir prof : parce que chaque année je le redis, et chaque année ça reste vrai. Impression de repartir du début. De ne plus rien savoir. Toutes les années vécues, toute l’expérience accumulée est là. Mais silencieuse, comme si tout cela appartenait à une autre vie.
Dans un jeu de Tarot de Marseille, les arcanes majeures représentent les différentes étapes du voyage du premier personnage représenté, Le Mat. Et une fois qu’il a parcouru les vingt-deux lames, il meurt. Pour renaître, à nouveau ignorant, et pourtant riche de ses expériences. Même s’il l’ignore.
C’est donc reparti pour un tirage de Tarot scolaire.
Bonne rentrée, à tous à toutes celles et ceux qui la vivront.
L’autre jour, j’ai longuement parlé avec T. Nous partirons en vacances ensemble, et je n’ai pas osé lui dire, à ce moment-là, à quel point ça me rendait heureux. Heureux que cette rencontre, que j’ai faite dans le cadre de mon boulot, soit devenu une partie si importante de ma vie. Et peut-être, j’espère, que l’année prochaine, A. K. ou J-M se joindront à nous, que ce soit pour une soirée ou une semaine.
L’année se termine et je quitterai le collège Hoshido comme le lycée Gallia, en janvier. Ça m’avait fait de la peine, sur le coup. Et puis j’ai revu des collègues. Très prétentieusement, je me suis dit que j’avais laissé des souvenirs. Mais ça n’est pas si prétentieux que ça, en fait. Parce qu’être prof, c’est ça aussi : laisser des souvenirs. Dans les savoirs de nos élèves, et dans la mémoire de certains collègues. Pendant probablement plusieurs années encore, je continuerai à disséminer des anecdotes dans les établissements bretons. Et ça correspond bien à mon véritable nom de famille.
Nous sommes le 1er juillet et l’année scolaire s’achève. Elle fut à l’image des autres : totalement unique. Foutraque et chaotique.
Et tandis que je tente de remettre un peu d’ordre dans ce torrent que j’appelle mes pensées, j’en appelle à la joie, la colère, la curiosité, la tristesse et l’envie que je ressens, à chaque fois que je franchis un portail d’établissement scolaire. Ce qui importe par-dessus tout, c’est que je ne saurai jamais à quoi ressemblera le jour qui commence. Et c’est beau.
Merci. Merci mille fois d’être passés entre ces lignes, d’avoir pris de votre temps pour partager ces instant-là. Et à très bientôt.
En cet avant-dernier billet de la saison, que diriez-vous d’une histoire d’aventure ? De dangers ? Et surtout d’administration ? Non, restez là, je vous promets, ça va être bien ! Et sans vous faire attendre davantage, je vous propose de découvrir la fantastique histoire de Monsieur Samovar et les corrections du bac !
Acte 1 : Tout commence alors que j’ouvre ma boîte mail, un petit matin de début juin. Alors que je profite de l’ambiance tellement années 90 de l’interface, je découvre un message de sinistre augure, intitulé “Convocation Session Examen”. Frémissant davantage de crainte que d’anticipation, j’ouvre l’envoi, et ne suis pas déçu : il s’avère que, même si j’enseigne actuellement en collège, je suis appelé à faire passer les oraux du bac de français ET à en corriger les écrits. Pour la première fois de ma vie. Alors que j’aurai encore cours à ce moment là. Cela est probablement dû au fait que j’ai exercé mon premier trimestre en lycée, ce qui m’a fait apparaître, telle Vénus sortant de l’onde (mais chauve) sur les listes de correcteurs potentiels du rectorat. En petit soldat loyal de l’Éducation Nationale, je décide de faire les choses dans les règles et de signaler mon départ prochain pour le Payyyyyys des Copiiiiiies à ma principale, d’autant que je vais quand même laisser quatre classes en plan, classes qui ont déjà loupé près de trois mois de cours de français. La réponse de la principale ne se fait pas attendre et, l’éthique et la peur de perdre mon boulot m’empêchant de retranscrire ce qui est écrit dans sa réponse, je vous remplace le verbatim par un morceau du groupe de metal Carcass, ce qui devrait vous donner une idée de l’ambiance générale du mail. À savoir qu’elle n’est pas super contente.
Acte 2 : J’ignore à quelle sorcellerie noire a recouru ma chef d’établissement mais, quelques jours plus tard, je reçois un nouveau courrier m’expliquant que je ne suis plus du tout obligé de faire passer aucun oral que ce soit, non non non, mais qu’éventuellement, est-ce que je pourrais, peut-être, corriger les écrits ? Beau joueur, curieux, et aussi content de ne pas avoir à me cogner les corrections de brevet, je ne m’y oppose pas. Sur ma convocation, il est inscrit que le boulot commence le 30 juin, sous forme dématérialisée. Il y a bien une réunion pour préciser tout ça, mais j’ai cours ce jour-là et n’y suis pas convoqué. Ça n’est sans doute pas important, qu’est-ce qui pourrait mal se passer ? Ah ah ah !
Ah ah.
Ah.
Acte 3 : Nous sommes le 30 juin et j’attends, tel le principal de Sunnydale qu’un nouveau lycéen disparaisse, que mes copies dématérialisées apparaissent sur mon écran d’ordinateur, via le site idoine. 13h58. 13h59. 14h. Rien. Que dalle. En attendant, je vais tailler une bavette avec mon ami J-R. Qui m’explique que, dans son académie, les collègues ont déjà fini de corriger le bac de français. Léger malaise. Je décide donc d’appeler le rectorat de mon académie. Les étoiles sont alignées et quelqu’un décroche. Bon, il me faut quatre interlocutrices pour arriver là où je souhaiter me rendre, mais on ne va pas se plaindre. “Oui bonjour ! Ici Monsieur Samovar, et je corrige le bac pour la première fois. C’est bizarre, je n’ai pas eu mes copies. – Et vous ne vous en inquiétez que maintenant ? – Le qui ça de quoi ça ? – Ça fait un moment qu’elles ont été remises.” La pratique de la course à pied est tout ce qui empêche mon cœur de s’évader par ma gorge à ce moment-là. Et je me retrouve à chevroter comme un élève de cinquième surpris à tricher. “Mais la convocation elle disait aujourd’huiiiiiii ! – Mais vous n’êtes pas allé à la réunion de coordination ? – J’étais pas convoqué, j’avais cooooours ! – Bon, attendez, je regarde… Désolé, mon ordinateur rame…”
Et il rame en effet, à tel point que je me demande si les personnels de l’académie ont le droit à autre chose que des TO7 pour bosser.
“C’est bizarre, votre nom n’apparaît pas. – Gueujeugueuh. – Oui, je trouve aussi. Bon, ben mon responsable va vous appeler, au revoir !”
Silence. Je me sens comme un mélange d’Astérix devant retrouver le laisser passer A38 et Jinkx Monsoon à un défi de couture.
Je suis en train de finir d’avaler le deuxième accoudoir de mon fauteuil lorsque le téléphone sonne :
“Oui, ici Monsieur le Chef des Corrections d’Examens ! Vous pouvez m’appeler Monsieur Le Chef des Correct pour aller plus vite. Alors en fait, vous allez rire, mais vous n’êtes que suppléant correcteur ! On s’est dit, avec votre cheffe qui fait peur, votre charge de travail, c’était mieux… On aurait peut-être dû vous prévenir… Donc restez sur le qui-vive, on vous envoie quelques copies. Ou pas.”
Je me retrouve donc comme un idiot, le téléphone encore fumant à la main, Tartelette-le-lapin m’observant avec perplexité, encore une fois bolossé par les admirables méandres de l’administration de l’Éducation Nationale…
(NB : je signale à nouveau que toutes les personnes avec qui j’ai parlé ont été hyper compétentes, je blâme infiniment plus l’organisation de ces corrections que qui que ce soit d’autre dans cette affaire !)
Dernier “vrai jour” de cours. Que je termine avec les cinquièmes Gardevoir, avec qui nous discutons des vacances, de la suite de leur scolarité, des livres et des films que nous aimons. Ils ont le regard plein de lumière.
De la lumière que je retrouve aussi dans les voix de K. et de A. Qui, très tôt, ont été mes “porteuses de lumière”, pour reprendre le terme de l’une d’entre elles. Les piliers sur lesquels j’ai pu m’appuyer, en ce coin inconnu de la Bretagne. En salle des profs et à l’extérieur, nous parlons personnes très riches, Paris, Gideon la neuvième et punchline. C’est ce que je décide d’emporter de ce collège, dans lequel je suis arrivé brinquebalé. De la lumière.
Une fois dehors, je m’aperçois que j’ai totalement oublié, comme à mon habitude, de prendre une photo de la salle de classe que j’ai occupée durant ces derniers mois. J’étais trop occupé à parler.
Avant que vous ne composiez des numéros de protection de l’enfance, je clarifie : devenir prof, c’est aussi apprendre ou réapprendre la gestion de son physique. Apprendre à occuper l’espace, à être une présence indéniable dans la classe. Mais ne pas se servir de cette présence pour intimider. Créer une proximité avec les mômes : mais ne pas envahir leur espace personnel.
Ce qui cause la question du contact physique : faut-il ou pas créer un contact physique avec les élèves ? Au fil des années, ma position a – heureusement – pas mal changé au contact de mes collègues. Sauf urgence, j’essaye de ne jamais avoir à le faire lors de mes cours. Parce que ça n’est pas nécessaire. Et lorsque ça m’arrive, je le demande tout le temps. Mais j’ai vu des professeurs d’EPS guider un geste en tenant un poignet ou une cheville ; j’ai vu certains profs donner une tape sur l’épaule ou, lors d’un match taper dans la main.
Et au théâtre, il m’arrive souvent de placer des apprentis comédien en poussant du doigt – ne pas refermer la main, juste pousser légèrement – sur leur bras ou leur jambe.
Dans le collège où j’enseignais cette année, il est arrivé à de nombreuses reprises que les mômes m’attrapent par le bras pour attirer mon attention. Chose, qui n’arrivait jamais dans mes établissement précédents. J’ai toujours rapidement réagi en expliquant que je préférais éviter.
Aujourd’hui, c’est le dernier jour durant lequel je verrai Tyr. Tyr est un gamin extrêmement attachant : fin, pertinent, totalement foutraque à l’écrit, et hyper curieux. C’est lui qui vient régulièrement me parler des chaînes Youtube qu’il aime regarder.
“Je viens vous dire au revoir monsieur ! Vu que je serai pas là au dernier cours.”
Tyr est enthousiaste, d’autant plus qu’à l’heure précédente, nous nous sommes baladés dans le collège, à la recherche du sac de sport qu’il avait perdu. Ça a eu l’air de lui plaire, cette errance dans les couloirs avec son prof de français.
“D’accord. Passez de bonnes vacances alors. Et vous allez voir l’année prochaine, je pense que vous allez adorer la quatrième.”
Et là, il fait un truc bizarre. Il me pose deux doigts sur l’avant bras. Le geste n’a absolument aucun sens. Et le force à tendre la main dans une posture qui n’a rien de naturel. Je baisse les yeux, un peu perplexe.
“Merci beaucoup. C’était une super année.”
‘Il reste là, sans rien dire. Au bout de quatorze ans, je pense avoir compris ce genre de geste incongru. Il aimerait être reconnu. Reconnu comme quelqu’un de spécial, par un prof qu’il doit bien aimer. Ou en tout cas, dont l’image qu’il s’est construit lui plaît.
“Merci, Tyr. Pour moi aussi, j’ai beaucoup aimé vous enseigner, je n’avais jamais parlé chaînes YouTube avec un élève avant. Je vais vraiment regretter nos conversations et vos interventions en cours. – Ah oui ? – Bien sûr.”
Il retire sa main et hoche la tête, de façon un peu hachée, comme à son habitude.
“À bientôt, monsieur !”
Et il s’en va, vers ses vacances, la suite de son parcours scolaire, ce passage de sa vie d’élève conclu. Correctement je l’espère.
Et donc, deux jours et demi restant avec les élèves. Avant que ne déboule tout le reste : correction des copies de bac, réunions de fin d’année, affectation, peut-être, avant le mois de septembre.
Et le collège, d’un coup, change de substance. Moins d’élèves en cette dernière semaine – c’est fou ce qu’une classe de 26 mômes semble déserte quand on en a eu 30 durant deux trimestres – les ultimes activités. Affichages bilan de ce que l’on a appris cette année, jeu de piste autour du cavalier sans tête, derniers travaux d’écriture…
Je me sens toujours un peu pesant, dans ces moments. Tout le monde semble prendre son envol. Les élèves vers leurs vacances, les collègues vers les fêtes et l’année prochaine, tandis que je peine à m’extraire de cette année qui s’achève. Toujours ce sentiment de rester à quai tandis que le décor, peu à peu, se vide.
Ce n’est pas de la tristesse. Juste une drôle de sensation que je n’ai retrouvée, étrangement, qu’à la fin des dessins animés de Miyazaki : une impression d’apesanteur, tandis que les personnages retrouvent leurs vies, modifiées par tant d’énigmatiques aventures.
Étrange, comme ce journal me sauve, depuis sept ans : je m’apprêtais à écrire que la fatigue de fin d’année faisait ressortir mes mauvais côtés. Et je viens de parler de Miyazaki. Le héros de Princesse Mononoke est appelé à “poser sur le monde un regard sans haine”. Et, année après année, établissement différent après élève singulier, c’est ce que je retire de ce boulot. Poser sur le monde, sur les enfants, les adultes, l’avenir, un regard sans haine.
Et pour tout ce que ça me prend, voilà ce qu’être prof en scène me donne.
Et désormais la pente est descendante. Premier week-end où je sais que je ne travaillerai – presque – pas. Un peu de rangement. Classer des documents. Les convocations aux conseils pédagogiques qu’on garde on ne sait pas pourquoi. Un dessin d’élève, des fournitures scolaires oubliées qu’on n’a pas réussi à refiler aux autres mômes…
Mais pour le reste, les deux jours et demis restant sont prêts… Et pour le reste, je corrigerai le bac. Autant dire que c’est la fin, ou presque.
Il est encore trop tôt pour un bilan. L’atterrissage est toujours un moment complexe. Les images me tournent sous le crâne. Des voix, des mots, des trajets, des éclats et des sourires.
Comme à chaque fin d’année, c’est une petite fin du monde.