
Nouvelle bouffée d’agacement à la lecture des « nouveaux programmes » de collège. Qui, comme toujours depuis que je suis entrée dans l’Éducation Nationale, semblent se contenter d’ajustements minimes. Et surtout, toujours éloignés de la réalité. La grande cause des années à venir en français semble être la lecture d’œuvres intégrales. C’est une activité à laquelle je souscris, ainsi que, je le pense, énormément de collègues.
Mais comment faire, au collège de Renais ?
Parce que, comme quand j’enseignais à Grigny, en REP également, il n’est pas possible de faire acheter de livres aux élèves. Le budget dévolu à l’achat de séries est inversement proportionnel au nombre d’élèves. Depuis des années, nous utilisons les mêmes ouvrages fatigués, dont le propos a parfois bien vieilli, il arrive que les livres perdent de leur pertinence. Ou tout simplement, ne correspondent pas aux collègues qui, année après année, arrivent dans l’établissement.
L’intendance doit suivre, encore et toujours. Tout comme les petites mains, présentes sur le terrain. L’autre jour, de hauts responsables du rectorat, alertés par les signaux d’alertes de plus en plus pressants que personnels d’éducation et parents leur envoient quant aux problèmes de violence dans le bahut sont venus. Ont constaté. Et nous ont expliqué que oui, c’est grave ce qu’il se passe. Qu’on nous épaulera autant que possible, mais sans moyens humain ou financier. Parce qu’il n’y en n’a pas.
Il faut faire sans. Il faut matérialiser des mots, des exigences, des nécessités avec du rien. Ça n’est même plus sous-entendu, c’est expliqué clairement. On va déplacer deux trois ressources, réattribuer quelques centaines d’euros quand c’est possible. Si ça ne l’est pas ? C’est bien dommage.
Et tandis que je me dirige vers ma salle de cours, sous l’unique ampoule clignotante qui reste dans tout le couloir, je me demande si c’est ça, l’avenir que l’on est censé préparer à ces gamins. Du néant.