
À ma gauche, mon sac de cours. Prêt. Trousse réassortie, agenda, manuels, chemises plastique (une pour les photocopies, une pour ranger les évaluations), classeurs pour l’administratif, l’orientation des troisièmes, l’Histoire des Arts.
En face de moi, sur la télé, un Elezen astromancien : mon héros dans Final Fantasy XIV. J’ai passé avec lui une bonne partie de mon temps libre de vacances.
Je ne comprends toujours pas.
Comment je fais le grand écart. Comment le geek de 33 ans qui décanille du boss, qui fait des blagues nulles et dont l’appart est 95% du temps en bordel parvient à coexister avec le jongleur de cours et d’élèves, la persona de sa vie active.
À plus forte raison je ne comprends pas comment la quasi-totalité des membres de l’Éducation Nationale accomplit ce tour, sans basculer dans la schizophrénie.
Tous les ans je me dis que cette fois c’est foutu. Que cette fois je n’y arriverai pas, qu’en entrant dans une salle de classe, les mômes crieront à l’imposture.
Et tous les ans à la rentrée, j’observe avec autant d’intérêt qu’eux, le prof qui apparaît.